A 24h du 4e Classic’Aude de la saison, qui va coûter très, très cher et peser fort dans la balance, car c’est une demi-finale d’accession en Pro D2, devant un public Narbonnais avoisinant les 10 000 spectateurs, Julien Seron, le manager du RCN nous a accordé un entretien. Celui qui va mener ses hommes pour défier les voisins Carcassonnais, ce samedi a affiché une certaine sérénité tout en affirmant sa fierté de coacher un groupe se trouvant à 80 minutes d’une finale de Nationale à Chambéry.

Ça y est, on est rentré dans le money-time et les play-offs, on est rentré dans le moment où vous, staff et joueurs, vous vous payez ?
On a travaillé toute une saison pour forcément vivre des moments comme ceux que l’on va vivre ce samedi. On est évidemment tous enchantés et ravis déjà d’avoir pu tenir la cadence et faire ce parcours et maintenant, quelque part, on rentre dans un autre championnat avec une autre approche et un état d’esprit qui sera obligatoirement différent, avec certainement, je l’espère, un supplément d’âme, avec une ferveur populaire autour du match qui n’aura rien à voir même si le public a répondu présent depuis le début de saison mais on sera encore sur une dimension supérieure. Comme tu l’as dit, les joueurs et le staff sont allés se chercher tout ça, on a transpiré toute une saison pour en arriver là et on espère que ça ne sera pas notre dernier match.

Quand on parle d’aller se le chercher, ça a été au sens propre comme au sens figuré car entre le forfait de Blagnac qui vous a été fort défavorable et le dernier match à Suresnes où vous êtes allés chercher la seconde place dans les arrêts de jeu, il a quand même fallu s’employer ?
Bien sûr et tu oublies le match de Carca qu’il a fallu refaire. J’ai envie de te dire que c’est peut-être le karma, on est allé se chercher notre place en demi et sincèrement, on ne l’a pas volée, on a eu un parcours semé d’embûches, on a su se relever mais on a surtout su rester solidaires et unis, on ne s’est pas délité lorsqu’il y a eu toutes ces aventures. Aujourd’hui, clairement, ça nous a endurci et aller chercher le bonus offensif à Suresnes à la 82e minute sans trembler, même si nous, on a tremblé sur le bord (rires), on a senti une force collective et une détermination qui nous laisse franchement envisager de belles choses sur ces phases finales.

Toutes ces péripéties et ces soubresauts qu’il y a eu pendant les phases régulières, ça t’a peut-être permis en tant que coach de construire et de bâtir un groupe taillé mentalement pour les play-offs ?
Surtout de pouvoir échanger et partager avec mes leaders encore plus qu’à la normale ou qu’à l’habitude et c’est aussi une belle leçon. Je leur ai également demandé de prendre les choses en main, de faire corps, d’être dans un relais permanent avec les joueurs avec une manière de fonctionner, de vivre, de manager propre à moi-même mais il y a clairement eu des liens qui se sont renforcés avec ces moments-là et, comme je l’ai dit, on a fait corps. Les leaders ont pris les choses en main et le groupe a suivi et c’est avant tout pour cela que l’on manage et qu’on fait ce métier-là, il y a les contenus rugby, ce qu’on met en place stratégiquement mais l’humain est forcément au cœur du projet. Dans les moments difficiles, c’est surtout l’humain, la cohésion et les valeurs humaines qui prennent le dessus et là, pour le coup, ça s’est avéré plus que vrai.

Vous n’étiez pas sur le pré le week-end dernier puisque vous vous êtes directement qualifiés en demi-finale. Ça vous a permis de regarder le match entre Carcassonne et Chambéry, légèrement en différé car il y a eu quelques soucis de diffusion du côté de Carcassonne donc quels enseignements ont pu être tirés de cette rencontre ?
Une équipe de Carcassonne malgré tout fidèle à ses principes et à ses valeurs, une équipe conquérante qui n’a pas douté même en étant menée pendant un moment mais qui a su se recentrer sur ses forces et qui marque sur un petit éclat, car ils ont aussi des facteurs X dans cette équipe. On a senti une équipe valeureuse qui a su maîtriser son rugby et qui a su jouer avec ses forces, l’apport de son banc a été convaincant, ce sont eux qui ont fait basculer le match donc ça dénote aussi de la profondeur de cet effectif. On en a donc forcément tiré des enseignements mais je n’ai pas été surpris.

On a vu sur les réseaux sociaux qu’il y avait déjà quasiment 9 000 personnes qui seront présentes au match à Narbonne. Vous visez les 10 000 donc on peut dire que toute la ville de Narbonne ne vit que pour cette rencontre ?
Il y a clairement un engouement et une ferveur populaire à Narbonne qui est magnifique aujourd’hui. C’est vrai que j’ai beaucoup de personnes autour de moi que je côtoie qui, malheureusement, ne seront pas là parce qu’ils avaient prévu ce week-end prolongé en famille dans un autre endroit que Narbonne. Certains ont pu remettre ça mais en tous cas, c’est chouette, on sent qu’il y a de la passion, que les gens ont hâte de vivre ce moment-là, qu’il y a une communion derrière l’équipe, derrière le club, derrière notre président et nos dirigeants qui est forte. Certes, il y a beaucoup d’attente, certes, c’est un public qui bout et qui est exigeant mais c’est un public qui est passionné, un public méditerranéen comme ça peut l’être à Béziers ou à Perpignan, qui a le sang chaud. Dans ces grands moments, ils sont là, ils répondent présents et c’est super quand tu es joueur et c’est super quand tu vis ça.

Quoi qu’il arrive, on peut dire qu’une véritable rivalité est née entre Narbonne et Carcassonne ?
Une rivalité parce qu’on joue dans la même division et qu’on est à une demi-heure l’un de l’autre, qu’on travaille tous avec la même envie de gagner. C’est malgré tout une rivalité qui est saine, ce n’est pas la guerre par contre, il y a de la passion, de l’enjeu, c’est la préfecture contre la sous-préfecture et ça crée forcément du piment.

Comment est-ce que tu as préparé cette semaine avec tes joueurs ?
On a conservé nos process habituels, on n’a rien changé et la seule chose que l’on a modifiée, c’est qu’on a pu partir 3 jours en stage la semaine dernière n’ayant pas de barrage à jouer. Ça nous a permis de travailler un peu sur nous, de nous concentrer sur nous et ça, c’est super. Nos dirigeants nous ont permis de pouvoir faire cela donc c’est la seule chose que l’on a modifiée sinon, on est resté sur une semaine classique où on a forcément travaillé sur notre adversaire mais aussi et surtout sur nous. On n’a pas changé ni nos process ni nos habitudes parce-que ça fonctionne et qu’il n’y a pas lieu de perturber mes fonctionnements, peut-être un peu plus d’échange avec les mecs et surtout la possibilité de partir en stage, ce qui était top.

Que va se dire le manager Julien Seron quand ses hommes vont rentrer sur le terrain et qu’il va s’asseoir dans sa cahute ? Peut-être » que de chemin parcouru depuis deux ans et la descente » ?
Je vais me dire que je suis heureux et fier d’être le manager de cette équipe et que je suis fier d’être là avec mon staff et mes joueurs, que je suis fier d’avoir transpiré, fier de parfois pleurer, fier d’avoir travaillé dur mais comme tout manager d’une équipe professionnelle de rugby. Ce n’est pas propre à Seron et Narbonne mais c’est vrai qu’on a eu par le passé des moments qui n’ont pas été simples et là, on récolte un peu le fruit de ce qu’on a mis en place. Ce sentiment-là, je vais l’avoir pendant 10 secondes au moment de rentrer, quand je saurai qu’il y aura toute ma famille, mes enfants et mes amis dans les tribunes mais dès que ça sifflera, je penserai stratégie et pas autre chose.

Merci et on te souhaite un bon match, un bon Classic’Aude, une belle demi-finale et surtout de voir le pied des Alpes la semaine prochaine
Je te remercie, c’est gentil.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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