Depuis un septennat, Alain Roumegoux tient les rênes de la SASP Sporting Club Albigeois, et tente de faire remonter le club de la cité épiscopale en Pro D2. À l’aube du money time de cette 2023-2024 de Nationale, le président du SCA nous a accordé une interview bilan grand format, où il nous fait le point sur les dossiers du moment (sportifs, économiques, infrastructurels) tout en nous déclinant sa méthodologie, et sans oublier d’évoquer sa succession à moyen terme.

Il ne reste plus qu’un match à jouer en phases régulières pour le Sporting Club Albigeois et on peut dire que le bilan est très positif. Vous êtes assurés d’être dans les 4 premiers et vous êtes toujours en lice et en course pour les 2 premières places ?
L’objectif qui était la qualification est déjà assuré depuis quelques temps et maintenant, on sait que tout va se jouer sur le dernier match. Il y a 4 équipes qui peuvent postuler sur les 2 premières places donc ça va être serré, pour nous, il ne nous reste plus qu’un match et tout va se jouer sur ce match-là mais on est aussi tributaires des autres car on ne sait pas ce qu’ils vont faire. On croise donc les doigts pour que ça se passe bien pour ce dernier match en espérant qu’on puisse être dans les 2 premiers dans la mesure du possible.

Être dans les 2 premiers serait passer un cap car depuis que le Sporting Club Albigeois est descendu de Pro D2, ce serait la première fois, hormis en fédérale 1. Élite que vous auriez une demi-finale à la maison ?
Oui, c’est vrai, on était à chaque fois juste derrière à part une année où on était premiers mais qu’on n’a pas pu faire les phases finales car il y avait le Covid. On croise les doigts mais il est vrai que ça ne nous ait jamais arrivé et ce serait un bon retour des choses pour l’histoire car depuis le temps qu’on y travaille, on est quand même assidus depuis 6 ou 7 ans, on est toujours aux avant-postes et à chaque fois, il nous manque le petit quelque chose, le petit déclic. J’espère que cette année, on arrivera à faire quelque chose.

On sait que tu es un président qui aime travailler dans la sérénité et que tu n’es pas un adepte des coups d’éclat, tu aimes travailler sur la longueur. Avoir renouvelé Mathieu Bonello pour 3 années de plus va vraiment dans ce style de management où on essaye de travailler dans la durée à Albi ?
Disons que je connais la longue histoire d’Albi depuis Éric Béchu et les années 2000, j’ai toujours suivi le club et c’est vrai qu’on a quand même eu des périodes de stabilité et que c’était plus facile. C’était bien sûr une autre époque mais je n’ai pas trop apprécié après les quelques années où, justement, à chaque fois que l’on descendait, on changeait d’entraîneur quasiment chaque année pour diverses raisons. Ça, je l’ai mal vécu et je me suis donc toujours dit, dans la mesure évidemment où ça se passe bien et qu’on s’entend bien, de travailler sur le moyen terme mais surtout sur le long terme et c’est toujours ma devise. C’est plus facile pour tout ce qui est sur le staff car il n’y a pas que les entraîneurs, il y a aussi le staff qui les accompagne et quand il y a de la continuité, c’est également bien pour les joueurs ainsi que pour les dirigeants. C’est surtout assurer de la stabilité aussi bien au niveau manager, entraîneurs que staff.

Mathieu Bonello a été annoncé mais qu’en est-il d’Alexandre Albouy ?
Alexandre Albouy avait un ancien emploi et il est toujours en attente d’une réponse. Normalement, les choses devraient bien se passer et si on le peut, on devrait garder le binôme mais on n’a pas de réponse définitive.

On va aussi parler des infrastructures sportives et de la plaine des sports de la Guitardié, du centre de performances. C’est vraiment la première année où vous l’utilisez à pleine puissance et cet outil qu’a mis à disposition la mairie d’Albi est réellement un véritable atout ?
C’est vrai car auparavant on était sur plusieurs endroits et sur plusieurs sites tandis que là, on est vraiment tous ensemble. En discutant avec les joueurs, ils apprécient tous, c’est quand même un beau site, il y a tous les équipements qu’il faut et pour le staff, c’est quand même plus facile de travailler. Ils ont tout sur place, on y fait même des repas dans la journée avec le comité d’animations qui prépare ces repas donc on fait tout sur place à part, bien sûr, la mise en place pour les matchs qui se jouent au Stadium et qui se font donc au Stadium. On peut également s’entraîner sur un terrain synthétique et y jouer des matchs, il y a tout ce qu’il faut. Il y a aussi les écoles de rugby, il y a les jeunes, on peut se voir et se mélanger donc c’est une très bonne chose pour l’ensemble du club.

On a vu qu’au rugby à XIII, il y avait la réfection du Stade Mazicou,ce qui leur permettra d’avoir de beaux réceptifs et de beaux vestiaires. Est-ce que l’un des dossiers qui est sur la table du président Roumegoux est aussi celui de la réfection du Stadium pour en faire un vrai stade des années 2020 ?
Oui, bien sûr, étape par étape, on espère que ce sera un futur projet, surtout si on va à l’échelon supérieur car il y en aura besoin. Je sais qu’il y a plusieurs idées mais moi, j’aimerai faire comme Narbonne a fait, ils ont conservé leurs tribunes mais ils ont fait de très grands salons réceptifs en partie haute. Ce qu’ils ont fait est magnifique, ça leur fait un très beau stade et donc je rêve d’avoir un bel ensemble comme eux. Il est sûr que si on accède au niveau supérieur un jour, il faudra que l’on envisage de faire quelque chose, ça, c’est certain.

En parlant de Narbonne, Bourg, Bourgoin, Chambéry ou même de Carcassonne, on voit que ces clubs, en ayant maintenant de beaux réceptifs et de beaux outils, arrivent à re-fédérer et à re-remplir les stades. Vous avez fait un gros boulot à l’intersaison pour relancer la dynamique populaire mais c’est peut-être ça l’étincelle qui manque maintenant pour que le Stadium redevienne le chaudron qu’il a été ?
Tout à fait. Quand on regarde les autres équipes et leurs stades, surtout les réceptifs, je crois que ça amène une dynamique, les supporters suivent, ils viennent nombreux. On essaye nous aussi de faire du réceptif de bon niveau mais on n’a pas vraiment les salles adéquates, ce sont des chapiteaux plus ou moins anciens. C’est bien mais je dirai que si on avait un complexe de cette nature, ça donnerait encore plus d’engouement pour tout le monde, pour les supporters et pour l’équipe.

On a vu qu’il y avait eu un sujet cette année qui a un peu défrayé la chronique de la Nationale et de la Nationale 2 à savoir le contexte économique qui est venu percuter le rugby. Quel est ton avis sur ce contexte économique du rugby car beaucoup disent que le rugby français, et surtout le rugby semi-pro / professionnel vit un peu au-dessus de ses moyens ?
Disons que tous les clubs se sont professionnalisés au niveau de la Nationale, il n’y en avait que 3 ou 4 au début alors qu’aujourd’hui, on en compte 12 sur 14 ce qui fait qu’obligatoirement, si tu es professionnel, tu es obligé d’augmenter les budgets. Quand tu augmentes les budgets, il faut regarder l’économie et depuis l’après-Covid, l’économie est un peu difficile donc tu augmentes les budgets mais l’économie peut diminuer donc, de ce fait, certains clubs rencontrent des difficultés. Il y en a d’autres qui s’en sortent bien parce qu’ils ont réussi à trouver de grands mécènes, de très grands mécènes, donc ça leur permet bien sûr d’augmenter nettement leurs budgets et de recruter. Pour ceux qui ont des économies comme nous, on a quand même quelques mécènes mais on a surtout beaucoup d’entreprises au sein de notre club affaires qui est notre poumon économique, on ne peut pas se permettre n’importe quoi. C’est difficile pour tout le monde, même pour ceux qui ont de grands mécènes, c’est difficile pour tout le monde donc il faut peut-être stabiliser ou peut-être pour certains diminuer mais revenir à des choses un peu plus raisonnables. Le paradoxe, c’est qu’on a très peu d’aides qui viennent de la Ligue parce qu’eux ont des recettes télé, on nous demande d’être structurés et d’avoir tout ce qu’il faut pour intégrer le niveau supérieur mais on n’en a pas les moyens donc il faut qu’on se débrouille.

Grosso modo, si on suit tes propos, en Nationale, on a les inconvénients du professionnalisme sans en avoir les avantages ?
Oui parce-que quand on doit avoir un centre de formation, des staffs étoffés, des médecins, des kinés, de l’administratif, soit toute une structure qui est obligatoire si on veut accéder à l’échelon supérieur, ça engendre des coûts. Au niveau supérieur, ils ont des recettes supplémentaires mais ils ont surtout les droits TV, j’ai vu qu’ils étaient en train de les renégocier et qu’il risque peut-être d’y avoir des hausses importantes donc s’ils ont 15% d’augmentation et qu’ils pouvaient redistribuer ne serait-ce que 5% de la totalité à la Nationale, ça serait pas mal. On n’en est pas là donc il faut s’adapter.

Si le Sporting reste en Nationale l’année prochaine, on vous souhaite de monter en Pro D2 mais ça peut arriver que le SCA reste en Nationale, est-ce que le mot d’ordre budgétaire sera la prudence au vu du contexte ?
Oui, c’est la prudence c’est à dire qu’une chose est certaine, c’est que depuis 6 ou 7 ans, on a un budget assez stable et qui a un peu augmenté mais c’est vrai que cette année, on va rester dans la stabilité. On ne va pas faire de surenchère pour aller chercher des joueurs, il faut bien sûr des joueurs structurants mais il faut aussi trouver des jeunes donc on va faire monter les jeunes qui sont dans l’équipe junior et trouver de jeunes espoirs qui, comme on l’a fait depuis quelques années, peuvent aussi intégrer l’équipe une de façon à avoir un budget raisonnable.

On va dire que revenir à l’ADN local sera un peu le fer de lance du Sporting pendant les 3 prochaines saisons avec Mathieu Bonello ?
C’est en effet l’objectif qu’on s’est donné avec Mathieu. D’une part, ce sera travailler avec les écoles de rugby pour essayer de les valoriser et ensuite, travailler sur le recrutement de l’équipe espoir soit pour jouer en espoir soit pour certains pour jouer en équipe une. On reprend les bases donc c’est également essayer de faire remonter le niveau des juniors pour voir s’ils peuvent accéder aux Crabos, je sais qu’ils vont essayer mais c’est l’objectif de tout le club.

On a beaucoup de présidents au #MagSport, qu’ils soient de Nationale ou de Nationale 2, qui parlent de diversifier les sources de revenus, de RSE, le président de Nîmes nous parlait de club socios. Est-ce que ce sont aussi des dossiers que l’on étudie du côté du Sporting Club Albigeois ?
Le RSE, oui mais c’est l’association qui le fait, ce sont eux qui le gèrent, ils essayent d’aller chercher des ressources diverses. Nous, par contre, on reste sur le modèle économique que l’on a car ça nous prend quand même beaucoup de temps, gérer 300 entreprises, c’est beaucoup de travail mais on le fait bien donc on va continuer dans ce sens.

On va parler de toi. Quand tu as pris la présidence, tu nous avais dit » je prends la présidence mais je n’y resterai pas 10 ans » mais ça fait quand même déjà un septennat que tu es à la tête du SCA ?
Et oui, j’avais dit que je partais pour 2 ans et ça fait ma 7e année mais bon, je ne suis pas éternel. Il faut que je pense pour l’année qui suit à essayer de trouver quelqu’un ou des personnes ou un groupe de personnes pour me remplacer, je ne vais pas continuer encore 2 ou 3 ans de plus. Je me donne encore l’année prochaine mais il est fort possible que j’arrête après, j’ai un certain âge, je ne suis plus dans le monde économique, personnellement, je n’ai besoin de rien mais je le fais pour le club et pour la ville. Je ne suis pas irremplaçable donc j’espère que l’on trouvera des personnes qui s’intéressent à s’investir dans le club mais bon, c’est pour l’avenir.

Pour le grand public qui n’est peut-être pas au fait, être président d’un club comme Albi, c’est déjà être bénévole et c’est quand même une paire d’heures qu’il faut donner quotidiennement au club ?
Il faut avoir de la disponibilité bénévole et même quand on veut faire des économies, ça nous coûte mais ce n’est pas un problème car on le fait parce qu’on aime le club. Je ne suis pas le seul, on est plusieurs comme ça, j’ai Jean-Pierre Faure comme vice-président et tous les administrateurs qui soutiennent le club et je le remercie car sans eux, le club n’en serait pas là où il est. Il faut aussi bien sûr remercier l’ensemble des partenaires et des supporters.

Comment devrait être le profil du ou des successeurs d’Alain Roumegoux. Faisons un peu d’humour si tu avais une fiche de poste à nous donner , elle serait comment ?
Une fiche de poste … (rires). Déjà, d’une part, il faut connaître un peu le rugby ensuite, c’est un peu compliqué car il y a des relations humaines avec l’association, avec le comité d’animations, avec des joueurs professionnels, avec l’administratif donc il y a beaucoup de travail à faire dont aussi de la gestion. C’est un peu tout ça, il faut être dans le milieu du rugby, le connaître mais il faut aussi connaître le monde économique.

Tu as pris la présidence juste après la descente de Pro D2 à Fédérale 1 Elite donc si tu lâchais la présidence en Pro D2, on pourrait dire que le travail est bien fait et que la boucle serait bouclée ?
C’est un rêve que j’avais annoncé quand j’avais pris la présidence et j’espère y arriver un jour. Je le souhaite pour le club et puis, ça serait beau de revenir au niveau auquel on était il y a quelques années.

Quoi qu’il arrive, il y aura un match de barrage ou de demi-finale au Stadium. Est-ce que tu as un appel à faire au public albigeois pour venir soutenir le Sporting Club Albigeois dans ce moment crucial ?
Tout à fait. Ils sont venus les années passées, ils nous ont soutenus nombreux au Stadium donc je souhaite qu’ils viennent tous nous soutenir à nouveau. J’espère que ce sera pour la demi-finale, on le souhaite de tout cœur, ça nous donnera un peu de temps et ça permettra à l’équipe de se préparer. Je compte sur l’ensemble des supporters et des Albigeois pour venir nous soutenir pour aller bien sûr le plus loin possible.

Merci et on souhaite à l’ensemble du Sporting Club Albigeois de belles phases finales
Merci beaucoup.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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