Au cœur des Alpes le bastion ovalien du RCSR est en constante restructuration avec une montée en puissance sportive et économique, les menants de la fédérale 2 à la Nationale 2. Alors que le club opère une mutation progressive pour s’inscrire dans les candidats légitimes à la Nationale, les dirigeants Hauts Savoyards s’évertuent à ouvrir de nouveaux champs d’action tout en conservant l’ADN du club, ferment des épopées passées. Frédéric Moine, le président du RC Savoie Rumilly, nous a accordé un entretien pour nous parler du futur du club (événements,objectif, budget, stade), du bilan partiel de cette seconde saison en Nationale 2, sans oublier l’actualité rugbystique du moment . En clair, celui qui préside le club résident des Grangettes, nous a donné sa vision d’un club ancré dans une histoire illustre mais résolument tourné vers les défis du futur.

On va commencer par tirer un bilan de cette saison 2023 / 2024. Même si elle n’est pas encore arrivée à son terme, on peut dire que cette année, Rumilly est totalement dans les objectifs sportifs fixés par les dirigeants ?
Oui, on peut le dire, on est plutôt sur une fin de saison qui est très positive. Cette année a un peu été une saison à ascenseur émotionnel puisqu’on a fait un très bon premier bloc avant d’avoir un passage plus difficile et, actuellement, on est plutôt dans une bonne dynamique qui est plus en cohérence avec la capacité du groupe et plus en cohérence aussi avec les objectifs du club. On est donc plutôt satisfaits et c’est surtout très excitant et très challengeant puisque tout est encore possible, on est actuellement 3es et c’est très serré devant comme derrière. On peut donc encore espérer de belles choses mais il faut être vigilants car derrière, ça n’est pas très loin.

On a l’impression que depuis l’année dernière où vous êtes arrivés en Nationale 2, il y a une montée en puissance sportive progressive ?
Il y a la volonté de travailler dans la continuité donc de garder notre groupe tout en essayant aussi de le bonifier. Je pense que ce qui est en train de se passer est une suite assez logique, avec la volonté de travailler avec un staff qui est stable et une majorité de joueurs qui s’inscrivent dans le temps. En tous cas, c’est le pari que l’on a pris au sein de Rumilly, convaincus que la performance ne peut s’acquérir que par une certaine continuité dans les effectifs et dans le staff et c’est un peu ce que l’on peut constater cette année.

Parlons du staff qui est quand même l’un des grands architectes de cette montée en puissance ?
J’aime beaucoup travailler avec ce staff parce qu’on apprend et on construit ensemble. C’est vraiment un travail collaboratif, on partage les difficultés, on échange aussi beaucoup sur les succès et je crois que ce qui a été très fondateur, c’est notre début de saison l’année dernière qui a été très difficile puisque, comme tu le sais, on a eu 5 défaites de suite. Si c’est dur à vivre à l’instant T, on s’aperçoit avec un peu de recul qu’on en retire beaucoup de choses, ça nous forge l’expérience et il y a des choses très utiles que l’on peut apprendre pour la suite dans ces périodes un peu difficiles. Ça, ça a été une expérience qui, je pense, nous a beaucoup servi et aujourd’hui, on essaye de travailler sur de l’amélioration mais on a des bases qui sont solides. On a des joueurs qui comprennent le club ainsi que son projet, et je suis convaincu de ça, qui sont en adéquation avec tout l’écosystème du club que ce soit les bénévoles, les supporters ou les partenaires. Pour aller chercher les victoires qui sont parfois dans les 5 dernières minutes, il faut avoir le petit supplément d’âme et ce petit supplément d’âme, on le cultive quand on est en phase avec le club et qu’il y a une appartenance qui s’est créée avec ce dernier. J’ai donc plutôt le sentiment que ça, c’est quelque chose qui est en train de se consolider et qui, en tous cas, peut expliquer nos bons résultats sur le terrain récemment.

Concernant le projet du club, il est toujours axé autour de la pluriactivité ?
Oui, toujours et plus que jamais car quand on voit aujourd’hui ce qu’il se passe dans le monde du rugby, je crois que ça renforce le fait de se dire que le rugby n’a pas les moyens d’avoir du rugby pro sur la Nationale 2, ça, c’est une évidence et parfois, je m’interroge même sur la Nationale. Est-ce que le rugby ne devrait pas être pro sur le Top 14 et la Pro D2 et avoir une certaine pluriactivité même en Nationale ? On voit que c’est quand même très difficile économiquement, le rugby, c’est 35 contrats donc beaucoup de joueurs, des affluences qui, malgré tout, restent quand même assez modestes sur ces niveaux-là donc est-ce que le rugby peut vivre en exclusif et en mode pro ? Je suis loin d’en être convaincu mais en tous cas, sur la Nationale 2, je pense que ce n’est pas le bon modèle. Il faut quand même qu’on y garde de la pluriactivité pour des raisons économiques mais aussi pour le bon équilibre du joueur car je crois que quand le joueur a un travail à côté, même si c’est un temps partiel, ça lui permet d’être en contact avec le monde de l’entreprise et le jour où le rugby s’arrête, le monde du travail n’est pas une grande découverte ni une inconnue. Je pense que c’est aussi une forme d’équilibre de pouvoir un petit peu s’aérer et de ne pas toujours être dans le rugby, de voir également autre chose car, à mon sens, on en est aussi plus performant aux entraînements et au terrain. Moi, je prône vraiment la pluriactivité.

Il y a aussi la diversification des sources financières puisque le RC Savoie Rumilly est également maintenant organisateur d’événements au-delà du sport ?
Ça, c’est une orientation que l’on a prise depuis un certain temps et notamment l’année dernière puisqu’on a organisé notre premier concert qui était un sacré pari, c’était un challenge qu’il fallait prendre (rires). Il y avait une scène au milieu du terrain, un groupe, Héritage Goldman, qui fait une super tournée et qui a beaucoup de dates cette année et avec plus de 3 000 personnes, ça a vraiment été quelque chose de positif. Quand c’est la première fois, il y a un petit peu de risques à assumer mais avec un peu de recul, ça a été un très bel événement qui a permis de beaucoup communiquer autour du club, de fédérer les bénévoles et je pense qu’il y a eu de la fierté chez ces derniers de pouvoir participer à un tel événement. Ça a permis aussi de faire connaître le club au-delà du sport, d’animer le territoire, se rapprocher de la mairie donc je pense que ça a été vertueux sur plein d’aspects. Ensuite, effectivement, il y a un aspect économique mais pour ça, il faut réussir ce pari car c’est aussi quelque chose qui est un gros engagement financier donc il ne faut pas se tromper, il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en jeu. En tous cas, vu le retour des personnes qui ont participé, les retours sont très positifs et c’est marrant car quand je discute avec certains présidents de clubs, certains commencent à bien, bien se renseigner sur comment on a procédé car ça leur donne des idées également. Je ne citerai pas les présidents mais j’en ai au moins 3 en tête qui se sont fortement intéressés à comment on avait fait et je crois qu’ils ont un petit peu dans l’idée de faire la même chose. Il y a le concert mais il y a aussi plein de choses, on a fait une journée avec le stade vers l’emploi pour rapprocher les demandeurs d’emploi et les entreprises, on a fait un marché de Noël, le 6 Avrilprochain, on va organiser les finales territoriales qui sont une grande fête du rugby régional avec les finales de R1, R2 et R3. Il y a beaucoup, beaucoup de choses au sein du RCSR, on peut aussi le faire parce qu’on a la volonté de le faire mais aussi parce qu’on a une super équipe de bénévoles, ce sont plus de 110 / 120 bénévoles qui sont toujours prêts à se mobiliser pour faire tous les événements possibles et imaginables.

Quel est le budget de cette saison du côté de Rumilly et quel sera celui de la saison prochaine ?
Cette année, on a misé sur un budget à 1,9M. Je rappelle qu’on était à 800 000€ il y a 6 ans et qu’on est donc passé à 1,9M en peu de temps avec deux saisons Covid au milieu, c’est donc quand même un gros, gros travail qui est fait au sein du club sur le développement des partenaires privés. Il ne sera pas facile à atteindre, on va quand même y arriver mais ça va être complexe, on voit que dans la promotion immobilière ou dans un certain nombre de domaines, c’est un petit peu plus complexe économiquement. On s’accroche, on essaye aussi de diversifier les activités au niveau des partenaires et ne pas être que dans certains domaines en allant vers l’industrie et différents secteurs. On essaye aussi d’avoir le projet le plus clair possible pour que, quand on l’explique à nos partenaires, ils puissent bien comprendre notre ambition sportive et comment on intègre les jeunes dans cette dernière, ça, je pense que c’est quelque chose qui est majeur. On a donc un budget à 1,9M que l’on va stabiliser l’année prochaine, je pense que, vu le contexte économique, on ne va pas avoir les yeux plus gros que le ventre et qu’on va partir sur le même budget l’année prochaine.

Pour continuer à se développer, on a vu qu’il y avait un club pas loin de chez vous, dans le département voisin en Savoie, à Chambéry qui a un stade flambant neuf, un super outil pour faire des ressources supplémentaires. Est-ce que du côté des Grangettes, il y a un projet de rénovation, d’extension ou d’amélioration de ce lieu de vie du rugby à Rumilly ?
Il y a des projets, moi, j’aime vivre de projets donc il y a des projets. C’est encore un peu tôt pour en parler mais ce qui est certain, c’est qu’on a des projets pour faire évoluer des infrastructures et dans lequel on souhaite embarquer nos partenaires privés. Ça veut dire que dans le modèle que l’on imagine, ces infrastructures ne seront pas uniquement financées par les collectivités mais on souhaiterait que nos partenaires privés puissent aussi être partie prenante des évolutions que l’on souhaite faire. Là, c’est encore un petit peu tôt pour en parler mais je pense que d’ici 2 ou 3 mois, on pourra présenter des choses un petit peu plus concrètes.

Un peu à l’image de ce qu’a fait Henri-Guillaume Gueydan à Bourgoin ?
Il me donne beaucoup d’idées, oui (rires). Il a fait de très belles choses et il a d’ailleurs eu la gentillesse de me recevoir il y a quelque temps, j’ai trouvé ça très bien et on va dire que c’est une source d’inspiration.

On parle aussi de Rumilly en Nationale, ce qui peut être une vérité si vous faites une belle épopée sportive en play-offs. Est-ce que Rumilly est prêt à monter en Nationale ?
Notre volonté, et c’est le cap qu’on s’est donné, est d’aller en Nationale sous 3 ans, au niveau structures, budget, emplois, on a les reins et des fondations relativement solides pour la Nationale qui est notre objectif. Le chemin est encore très long donc restons focus sur le match de dimanche puisqu’on va au Stade Métro qui est leader donc je pense qu’on aura déjà fort à faire et restons déjà bien focus sur les objectifs courts termes, mais si ça devait arriver cette année, je pense qu’on se mettra tous autour de la table, les joueurs en premier lieu car ce sont eux qui seraient impactés et que, de toute façon, on ne dépensera pas ce qu’on n’a pas. On fera dans un premier temps un tour de table avec les joueurs, le sportif et le staff puis il y aura ensuite une décision à prendre au niveau des dirigeants qui sera de dire » est-ce qu’on tente le pari ? « , la dynamique d’une montée permettant, en se démenant, d’aller chercher quelques budgets complémentaires pour éventuellement recruter un ou deux joueurs supplémentaires. Ce sera une décision collégiale, j’ai mon avis en tant que président mais je veux vraiment que ce soit quelque chose de partagé avec l’ensemble du club et de porté par tout le club car c’est vraiment un gros challenge et il ne faut pas qu’une montée devienne négative pour la trajectoire du club, ce serait quand même dommage.

Question d’actualité : on entend souvent 4 de tes confrères présidents, ceux d’Auch, Lannemezan, Valence d’Agen et Fleurance, pour ne pas les citer, dire que la Nationale 2 n’est pas calibrée pour des clubs comme les leurs et quasiment demander une » super ligue régionale d’Occitanie » de la Nationale 2, pour faire une analogie avec le foot. Qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que, pour toi, la Nationale 2 est bien construite et est-ce qu’elle est viable ?
J’ai parfois échangé avec le président d’Auch et on a bien sûr rencontré ces clubs-là donc je comprends. C’est une particularité du rugby dont il faut tenir compte, c’est vrai que l’on a une densité de clubs de Fédérale 1 et de Nationale dans le sud-ouest. C’est une réalité mais il y a aussi un développement du rugby qui se fait par une structuration économique et également par une réalité économique. On voit aujourd’hui un certain nombre de projets qui se construisent, que ce soit Niort, Rennes, Marcq-en-Barœul, il y a des clubs qui émergent et c’est très bien. Il y a un déplacement du haut niveau vers les grosses agglomérations économiques ou, en tous cas, vers les clubs qui sont en mesure de se structurer économiquement, et c’est ce qu’il s’est passé sur le Top 14 et la Pro D2 car, quand on voit le Top 14 aujourd’hui, ce n’est plus le Top 16 de 95 quand Rumilly y jouait. On peut le déplorer, on peut le regretter mais, néanmoins, aujourd’hui, le haut niveau dans le rugby est un modèle économique donc je pense qu’on ne peut pas vouloir jouer en Nationale ou en Nationale 2 sans en accepter les contraintes qui y sont liées et le haut niveau et l’émergence de nouveaux clubs font qu’il y a de plus en plus de déplacements. Je crains donc qu’il ne soit pas compatible aujourd’hui de viser la Nationale ou la Nationale 2 sans accepter de ne pas avoir de déplacements de plus en plus nombreux, de plus en plus lointains, impactant l’équipe une ainsi que les espoirs. Ça, je crois que c’est une redistribution du rugby qui se fait aussi en fonction de paramètres économiques et, quelque part, c’est très bien car plus on aura du rugby sur l’ensemble du territoire plus on aura du rugby sur l’ensemble des régions en France plus, je crois, ce sport pourra être médiatisé et plus ça contribuera également au développement des plus petits niveaux. Je crois qu’il faut prendre ça en considération et ensuite, voir individuellement club par club comment on se situe dans ce paysage du rugby et ce même si je respecte beaucoup les clubs du sud-ouest car ils ont beaucoup de mérite. Je n’ai pas de sujet avec ça mais aujourd’hui, on ne peut plus dissocier le haut niveau de ces paramètres économiques et forcément de ces déplacements.

Vu le positionnement que vous avez au classement, vous pouvez légitimement espérer à minima un barrage voire un 1/4 de finale aux Grangettes. Ce serait aussi la meilleure des récompenses pour le public des Grangettes ?
Je vais même aller plus loin que ça car je pense qu’on le doit au club de Rumilly, on se doit de faire un match à la maison, on le doit vis à vis de nos bénévoles, de nos supporters, de nos partenaires qui sont de plus en plus nombreux, des collectivités qui nous accompagnent. C’est le minimum qu’on leur doit donc la belle récompense serait vraiment de faire un 1/4 de finale, ça passera forcément par un résultat au Stade Métro et ça, ça ne va quand même pas être simple mais on ne sait jamais, c’est la joie du sport. Si ça doit être un match de barrage, ce sera une belle satisfaction d’offrir ces moments de fête et de joie à toutes les personnes qui entourent le club et aux joueurs en premier lieu, c’est souvent ce que je leur dis, il faut aussi savoir être un petit peu égoïste et avoir envie de vivre ça personnellement et individuellement. Je crois que vivre des phases finales quand on est joueur, c’est ce qu’il nous reste le jour où on arrête sa carrière donc il faut avoir envie de ça, en avoir très, très envie pour prendre aussi la mesure de tout ce qu’il se fait au sein du club. Je crois qu’on est très mobilisé, en tous cas, les dirigeants sont très mobilisés et se bougent vraiment énormément pour que ce club puisse continuer à grandir et retrouver la place qui est la sienne qui, pour moi, est la Nationale. Je crois que les joueurs doivent prendre conscience de tout ça, quand je vois la performance qu’ils ont fait contre Mâcon, il me semble qu’ils sont en train d’en prendre conscience. Ce serait vraiment un très beau cadeau pour toutes les personnes et toutes les entreprises qui suivent ce club, je crois que oui, ce serait une belle récompense.

Merci pour ce regard éclairé sur la Nationale 2 et sur le rugby à Rumilly
Merci beaucoup.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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