Retrouvez l’intégralité de la conférence de presse de Mathieu Bonello, le manager des jaunes et noirs en amont du choc de la 19eme journée de Nationale : RC Narbonne vs SC Albi.

Après quasiment 4 ans de disette en terre tarbaise, Albi a enfin gagné dans ce stade Trélut qui était devenu une forteresse voire un chat noir pour le Sporting Club Albigeois ?
C’est bien pour l’équipe. On sait très bien que c’est dur d’aller jouer là-bas et dur de ramener la victoire, cela faisait quelques années qu’on n’avait pas à gagner donc oui, c’est une bonne chose de faite.

Et avec la manière ce qui est aussi très important ?
Oui, c’est important. Quand tu es coach, il est sûr que tu regardes beaucoup la manière et parfois le résultat en 2e, suivant comment tu veux regarder le match (sourire). On est assez content de ce qu’on a pu produire et de ce qu’on a pu faire.

Ça a bien évolué sur la cohérence que tu recherchais depuis quelque temps ?
Bien sûr. Même si on n’a pas scoré en 1ère mi-temps, c’était un autre schéma mais on est allé au bout de ce qu’on veut faire. Tout n’est pas non plus parfait aujourd’hui mais c’est une bonne chose et la cohérence qu’on avait demandé aux joueurs était là sur ce match donc c’est très bien.

Il faut maintenant de suite basculer sur un nouveau défi et un nouveau derby mais un derby du haut de tableau face à Narbonne, une équipe qui est 8e au classement, ce qui ne reflète peut-être pas la véritable valeur du RCN ?
Je ne sais pas du tout le classement car avec l’histoire de Blagnac, il y en a qui ont pris des points. Franchement, il faut vivre match après match, on connaît, c’est une grosse équipe qui est devant au classement. On sait le gros morceau qu’il y aura mais on savoure d’abord un peu Tarbes et on basculera plus tard sur Narbonne.

Est-ce qu’il y a des enseignements sur ce match de Tarbes ?
Évidemment, c’est la constance que l’on cherchait, j’ai trouvé qu’on avait été constant même si j’ai envie de dire encore une fois qu’on a du boulot. Les enseignements qui nous ont plus, c’est la constance et le fait de vouloir lancer le jeu.

Du boulot notamment encore sur la discipline ?
Oui, c’est un peu le point noir de ces derniers temps alors qu’on avait vraiment progressé en début de saison. Il y a toujours du boulot dans certains domaines dont celui-là, on sait très bien qu’à l’extérieur, on a tendance à se faire arroser un peu plus. Les fautes y sont, si elles sont sifflées, c’est qu’elles y sont, il faut juste être plus en maîtrise car je trouve que ça peut nous jouer des tours. Tu ne peux pas prendre deux cartons jaunes à l’extérieur, c’est vraiment très, très dur.

Au classement britannique, cette victoire à Tarbes vous fait aussi rebasculer du très, très bon côté. On vous a enlevé la victoire à Blagnac qui avait été le point de bascule dont on peut dire que c’est » compensé « , enfin, si je peux l’exprimer comme ça ?
Non, ça ne sera jamais compensé (rires). Tu as gagné un match sur le terrain, point, et aujourd’hui, tout le monde est » revenu à zéro « , je me suis déjà exprimé sur le sujet, on sait ce qu’il en est et ça ne sert à rien de perdre de l’énergie. C’est comme ça, je ne sais pas si ça évoluera ou non mais en tous cas, le championnat ne ressemble plus à la même chose depuis et ça, quoi qu’il se passe, il ne faudra jamais l’oublier. Ce n’est pas dans ce championnat-là qu’on aurait aimé jouer car je trouve que tous les clubs ont des fortunes diverses et c’est embêtant quand ça sort du cadre du terrain.

Est-ce que tu sens qu’il y a un peu moins d’adrénaline et de passion autour de ce championnat et que le contexte est un peu différent ?
C’est vrai, je suis d’accord avec toi. Il n’y a eu qu’un match mais je trouve que tout le monde est déçu de ce qui s’est passé ainsi que des conséquences.

Comment est-ce que tu décrirais Narbonne ?
On connaît cette équipe, on sait très bien qu’elle a de gros atouts. Elle a vraiment une grosse équipe avec de gros joueurs qui connaissent le niveau du dessus, ce sont des joueurs qui savent jouer les gros matchs et qui seront présents donc on va se taire, comme on le fait depuis longtemps. Je crois que le but est d’être focus et ça, c’est important car on n’a encore rien fait, ce n’est qu’un match de rugby qu’on a gagné et on gagnera d’autres tout comme on perdra d’autres, j’espère plus gagner que perdre. On sait où on va aller et cette équipe, c’est une grosse équipe que l’on va rencontrer.

En début d’hiver, tu as eu quasiment jusqu’à 15 blessés à l’infirmerie. Est-ce que ça a désempli ou est-ce que tu restes dans les quotas ?
On est à 10 / 12, on n’a pas encore fait le point pour l’instant mais on va le refaire. En tous cas, je prends 0 risque dans les compos car 5 matchs, c’est long.

Sur le dos de quoi est-ce que tu mets ce nombre croissant de blessés en Nationale ?
Moi, je crois que le niveau s’est élevé. Je pense que les contacts sont de plus en plus durs et que le physique joue aussi, je pense que le niveau s’est élevé et quand tu n’es pas bien préparé, et pas purement que sur le rugby mais aussi dans la vie de tous les jours, en hygiène de vie et autres, je trouve que c’est quand même dur d’arriver à entretenir une forme physique adéquate pour jouer ce championnat. Je pense que toutes les équipes y laissent des plumes et que ça n’ira pas en s’améliorant.

Il y a quand même un travail qui se fait là-dessus ?
Il y a bien sûr un travail, un travail sur l’amélioration du travail physique, sur la maîtrise de la charge physique aux joueurs mais il y a aussi un travail d’éducation à faire auprès des joueurs car c’est un championnat de plus en plus difficile et tu ne peux pas venir la fleur au fusil. Je pense que toutes ces blessures sont liées à ça.

On sait que Narbonne est le pays du vent, chaque fois que les équipes s’y déplacent, il y a une gestion du vent à avoir. Est-ce que vous avez fait un travail par rapport à ça ou alors adviendra ce qu’il adviendra ?
Adviendra ce qu’il adviendra, je ne suis pas Miss Météo (rires). Je n’ai pas la chance de décider de la météo qu’on aura et on essayera de s’adapter au mieux aux conditions. Il est sûr que nous, on en a moins l’habitude mais on jouera un match où on ira sans pression, on n’a pas la pression du résultat ce qui est une très bonne chose pour nous. On n’a pas cette pression qui te pèse et on verra aussi ce qu’on fait en composition d’équipe.

Tu parlais d’un match sans pression à Narbonne mais il y a quand même un enjeu ?
Sans pression et sans enjeu pour nous et je le pense. Il reste 7 matchs derrière, on n’a pas le couteau au travers de la gorge, on essayera de faire un bon match et on verra. Concernant l’enjeu, je pourrais te le dire quand on sera à 3 journées de la fin mais dans ce championnat, il se passe un truc tous les week-ends en termes de points. Quoi qu’il se passe samedi, il restera 6 journées et pour moi, ça ne se jouera pas là mais dans les matchs après.

On sait que quand tu donnes le maillot à des joueurs, c’est quelque chose d’important et de symbolique. Est-ce qu’il y a encore des joueurs qui ont gagné des points à Tarbes ?
Bien sûr, il y en a qui ont gagné des points et qui vont garder le maillot. Depuis maintenant trois ans pour certains, les joueurs connaissent la règle et je trouve qu’un entraîneur qui récompense quelqu’un qui a fait un bon match et qui garde le maillot, ça vaut tous les discours du monde.

Le jeune Horvat en 2e ligne, c’est important pour lui car il a montré qu’il pouvait être à haut niveau mais en même temps, ça pique un peu tout le monde et ça maintient en éveil ?
Ça maintient en éveil, ça met de la concurrence et ça en rajoute avec des jeunes en interne de chez nous. Ils ne feront pas non plus tous les matchs car il faut aussi les ménager et les amener au plus haut niveau en étant modéré avec eux mais c’est bien. Ça veut dire qu’il y a de la ressource, qu’il y a quelques ressources qu’il faudra aussi améliorer dans le temps mais c’est une bonne chose pour le club car ça donne de la vie à l’équipe également, c’est donc bon et pour le club et pour l’équipe.

De toute façon, rien ne remplace le terrain ?
J’en parlais encore tout à l’heure avec des personnes du staff, tu vois un joueur de telle façon mais quand tu le fais jouer et que ça se passe bien, tu vois ce même joueur différemment. Ça veut dire qu’il est important de donner du temps de jeu quand tu es coach, on ne peut pas tout le temps donner car à un moment donné, il faut que le joueur ait des qualités pour jouer à ce niveau-là mais tu t’aperçois aussi qu’enchaîner et avoir du temps de jeu change un bonhomme. Il est moins sous pression que de se dire » si je plante un truc, je ne vais pas y être » mais le dosage entre donner la confiance et le mettre même si je pense qu’il n’est pas prêt et que ça marche est toujours difficile pour un coach, l’opposé, c’est que le joueur va se la gagner. Moi, je ne suis adepte ni de l’un ni de l’autre, je ne pense pas qu’un entraîneur puisse tout donner tout comme je ne pense pas que le joueur doive tout donner. A mon sens, c’est un équilibre entre l’entraîneur et le joueur de savoir quand est-ce qu’on peut donner du temps de jeu.

Lors de ta re-signature, tu nous as dit que le grand axe pour les 3 prochaines années était la formation et le local. Est-ce que tu vas un peu m’imprégner de ce que tu as vu à Massy pour mettre ça en musique car ils ont le savoir-faire, c’est quasiment l’un des meilleurs clubs de ce giron-là ?
Bien sûr, c’est quelque chose qui est incroyable, je l’ai vécu, j’étais aussi allé à Massy en partie pour ça, pour voir comment fonctionnait » la fabrique à champions « . Ce qu’on ne pourra pas changer, c’est le réservoir de toute la périphérie autour de Massy et la région Ile-de-France qui est quand même » chargée « . Il y a beaucoup de ressources et une population assez élevée donc forcément beaucoup plus de choix et ça, on ne le changera pas mais par contre, c’est vrai que j’ai aussi vu des choses qui m’ont permis de mettre en éveil chez moi des choses qu’on pourrait peut-être un peu mettre en place ici même si tout ne sera pas facilement applicable. Je pense qu’il y a des choses bonnes et ils ont aussi la capacité de performer dans toutes les équipes jeunes, on vient maintenant les piller de plus en plus tôt, ce que j’avais moins vécu quand j’y étais, c’était à la limite mais là, je me suis renseigné et on m’a dit que ça venait de plus en plus tôt. Ils ont donc de plus en plus de difficulté dans les catégories hautes car ils n’ont pas eu le temps d’arriver et j’espère que nous, on arrivera aussi à fonctionner avec des jeunes, qu’on améliorera nos équipes de jeunes et que tout ça va nous porter. Maintenant, et comme je le dis toujours, il y a de la place pour tout le monde, les meilleurs doivent aller jouer ailleurs, à côté chez notre voisin ami castrais. Il y a de la place pour tout le monde à tous les niveaux et même si on doit former pour que les meilleurs aillent jouer en Top 14 et à côté de chez nous, ça sera une super chose.

Il faut travailler sur cette synergie des territoires ?
Sur les territoires et autres, il y a beaucoup de clubs mais il y a aussi de la place pour tous les clubs à différents niveaux. Si tu avais plein de clubs au même niveau, ça serait bien sûr peut-être problématique mais là, il y a de la place pour tous les niveaux.

Tu comptes donc amplifier ce que tu as expérimenté cette saison ?
Oui, j’aimerai mais je vais d’abord me focaliser sur cette fin de saison. Je travaille un projet sur les jeunes, comment pouvoir le monter, comment y arriver, qu’est-ce qu’on peut mettre en place de cohérent et de rapide. C’est mon souhait, mes grandes lignes de faire ça mais maintenant, qu’est-ce que je vais pouvoir faire ? Est-ce que je vais pouvoir aller au bout de mon idée et comment ? En tous cas, je vais donner de l’énergie pour ça, c’est certain, et je veux que tout le monde au club, et je dis bien le club, pousse dans le même sens pour avoir une formation forte et que pour nous qui allons prendre » la fin » de la formation des jeunes, on puisse les faire jouer s’ils ont le niveau.

Quel est ton absolu au bout de trois ans ? Avoir la moitié des joueurs formés à Albi, les 2/3 ?
Je rêve mais si on était à 50%, ça serait déjà franchement magnifique, ça serait une belle chose mais, encore une fois, je le redis, quand je parle d’Albigeois, tu n’es pas obligé d’être né à Albi mais je pense à notre région et notre bassin. C’est vrai que si on pouvait arriver à ça au bout de trois ans, à un sur deux, je serai preneur mais ça ne va pas arriver tout seul, il va falloir se retrousser les manches et mettre des opérations fortes pour y arriver.

Quel est le mot d’ordre pour ce week-end ?
Continuer à prendre du plaisir sur le terrain car j’ai vu les joueurs prendre du plaisir en étant constant, ce qui est important. On est sur ça, on l’a eu ce week-end et j’espère qu’on pourra le garder même si je sais que les matchs qui arrivent sont terribles et difficiles à aborder.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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