Le CAP qui tenait la bonne corde pour accrocher les playoffs de Nationale, vient de voir toutes les cartes rebattues par le forfait général de Blagnac et le nouveau classement qui en découle . Didier Casadei, le manager du CA Périgueux est revenu sur cet état de fait et sur son point de vue sur la situation à quelques heures de repartir au front. Les promus et champions de France de Nationale 2, ont d’ores et déjà réussi leur saison mais vont tenter de pimenter leur printemps via des phases finales malgré les vents contraires arithmétiques.

Après la victoire face à Albi, après le match nul face à Bourg-en-Bresse, vous pensiez du côté de Périgueux avoir quand même fait un pas assez conséquent vers de potentiels play-off mais il y a eu ce forfait de Blagnac qui est en train de rebattre toutes les cartes pour le CAP ?
Oui, exactement. Au classement, on est en concurrence avec Chambéry, Bourgoin et Suresnes pour une 5e ou 6e place, au classement britannique, on est quasiment une victoire devant ces équipes en ayant 5 réceptions pour 4 déplacements et en allant jouer chez le dernier donc on était dans une position » favorable « . Le fait que Blagnac dépose le bilan nous met dans une situation qui fausse complètement le championnat dans le sens où Chambéry qui avait perdu a maintenant gagné et que Bourgoin et Suresnes qui devaient se déplacer à Blagnac, une équipe difficile à manœuvrer chez elle, ont le match gagné sans avoir à y jouer. En plus de ça, ça leur fait des week-ends de repos là où nous on va jouer, ajoutez à cela que notre dernier match de la saison entre le 25 et le 30 Avrilétait Blagnac et qu’on espérait faire une belle fête avec une organisation particulière pour pouvoir faire une belle recette et une belle fête mais la situation aujourd’hui fait qu’il n’y aura pas de match. Notre dernier match se situera du coup le 6 Avril donc finir la saison le 6 Avril avec des joueurs professionnels qui ne jouent pas de match pendant près de 3 mois, c’est économiquement catastrophique. C’est une vraie déception mais ma première pensée va au personnel et aux joueurs de Blagnac qui, pour certains, se retrouvent sans emploi donc la première pensée va vers eux. En ce qui concerne le championnat, il est complètement faussé aujourd’hui pour les raisons que je viens d’évoquer précédemment et en plus de ça, pour certaines équipes qui jouaient le maintien, il n’y a plus de maintien puisque Blagnac n’est plus là, Vienne est barragiste et pour toutes les autres équipes, du 9e au 12e, ce ne sont plus que des matchs amicaux pour eux. Certaines équipes vont peut-être même essayer de dégraisser un petit peu leurs effectifs pour pouvoir assurer leur pérennité donc du coup, le championnat est complètement faussé. Nous concernant, on est promus et l’objectif de départ était le maintien, on fait une saison brillante donc on est très contents de ça mais on est compétiteurs et on s’est accroché toute la saison sur tous les matchs pour pouvoir donner la meilleure image possible du club et de notre effectif donc on est un petit peu déçu mais c’est comme ça.

Le maintien est dans la poche, il y a aussi cet objectif supplémentaire des play-offs, est-ce que cet objectif commence à prendre du plomb dans l’aile avec ces changements au classement ?
Aujourd’hui, on est à la lutte avec des équipes qui, pour certaines, ont le double de notre budget et qui dit double du budget dit effectif un peu plus large, en termes d’infrastructures, l’écart est peut-être encore plus grand que sur le budget. On a aussi lutté à Blagnac, on a gagné d’un point en s’y arrachant complet et on y a laissé deux joueurs qui n’ont pas joué depuis deux mois donc c’est plus difficile mais on n’est pas décroché. On a qu’un ou deux points de retard sur nos concurrents, en gagnant une fois à l’extérieur et tout chez nous, ça passait largement mais aujourd’hui, en faisant le même circuit, ça ne passera peut-être pas, il faudra qu’on soit capables de faire un petit coup à l’extérieur mais c’est comme ça.

Est-ce que ça peut être un levier de management en disant à tes joueurs » on nous a enlevé des points mais on va aller se les rechercher » ?
On n’a pas besoin de ça pour être à fond, on est à fond tout le temps du coup. On est tous les jours au stade pour essayer de s’améliorer, on veut donner la meilleure image de nous, les joueurs sont des compétiteurs, idem pour le staff, on n’a pas besoin d’avoir un levier supplémentaire, on en avait déjà suffisamment. On va donc essayer de donner le meilleur de nous-mêmes et on verra à la fin et de toute façon, quoi qu’il en soit, si on venait à se qualifier en finissant la saison le 6 Avril et en jouant un match de barrage à l’extérieur le 10 Mai, je ne vois pas comment tu te donnes une chance de faire un résultat à l’extérieur. Il me semble malgré tout que les 4 équipes qui sont devant sont un petit peu au-dessus de toutes les autres et pour eux, ça ne va pas changer grand-chose car, pour moi, elles sont un petit peu au-dessus des autres.

C’est la première année que tu coaches en Nationale. Quel est ton regard sur ce championnat avec ses avantages mais aussi ses points négatifs ?
Les avantages, c’est que c’est un championnat qui est très intéressant. C’est formateur pour de jeunes joueurs » en développement « , c’est intermédiaire entre le très haut niveau et le niveau amateur, c’est aussi un championnat où certains joueurs peuvent apporter leur expérience donc, en ce sens, c’est un championnat très intéressant. C’est également un championnat qui est relativement précaire dans le sens où, pour avoir longtemps entraîné en Top 14 ou Pro D2, les joueurs ont sensiblement les mêmes contraintes que des joueurs professionnels du niveau supérieur mais par contre, avec des salaires qui sont vraiment précaires. Je pense que pour la plus grande majorité des joueurs, ça doit être entre le SMIC et 2 000€ par mois et c’est vrai que c’est quand même dangereux d’être professionnel en termes sur des salaires comme ça. Les joueurs acceptent aussi de le faire pour essayer de pouvoir se donner l’expérience et pouvoir rebondir à un niveau plus élevé, je dirais donc que ça doit être quelque chose qui doit être ponctuel.

De ton côté et du côté de Périgueux, on doit déjà commencer à travailler sur l’an II du CAP en Nationale ?
Oui mais là, à aujourd’hui, si on t’enlève des recettes que tu dois faire, c’est compliqué. Au niveau des budgets, quand tu vois qu’une ville historique comme Blagnac, avec une agglomération comme Toulouse, qui doit représenter 600 ou 700 000 habitants met la clé sous la porte, ça doit aussi alerter un petit peu les gens et on ne doit pas faire n’importe quoi. Aujourd’hui, tu dois vivre avec les moyens dont tu disposes et tu ne dois pas dépenser l’argent que tu n’as pas donc du coup, je crois que la DNACG ou la Fédé qui contrôlent doivent être très rigoureuses avec les équipes pour que les gens ne dépensent pas l’argent qu’ils n’ont pas. Si aujourd’hui tu as le budget pour être en Nationale fond de tableau, il faut jouer le maintien à ce niveau-là et si tu n’as pas le budget pour être en Nationale, il faut être en Nationale 2 et ce n’est pas un déshonneur.

On est venu couvrir un match entre Périgueux et Albi au Dantou, qui est le stade » intérimaire » de Périgueux avant de retourner au Rongieras. Vous avez vraiment fait de ce Dantou un fief et une citadelle ?
Oui, on est très content. Je suis allé voir un match de Nationale 2 le week-end dernier et quand je vois le niveau de Nationale 1, je trouve que l’équipe a fait des progrès considérables. Au moment d’arriver dans ce championnat, la plupart de nos joueurs n’avaient jamais joué à ce niveau-là et bien que l’on ait eu 3 ou 4 joueurs du niveau supérieur qui nous ont amené un peu de sérénité et de sécurité, on partait un petit peu dans l’inconnu. Se retrouver aujourd’hui à quelques matchs de la fin en ayant battu toutes les équipes chez nous, des grands noms du rugby français, et en les battant relativement avec une petite marge, c’est une grosse satisfaction. C’est aussi un grand plaisir de pouvoir ramener Périgueux à un niveau auquel il n’a pas été depuis très longtemps, c’est vrai que le stade nous réussit parfaitement bien mais ce qui nous réussit surtout bien, c’est qu’on a une bonne équipe. Les joueurs sont performants, on a une équipe qui a du cœur, une équipe qui est solidaire, qui aime le combat, qui ne prend pas d’essai facilement et c’est ça qui est beau. Je suis très fier des joueurs qu’on entraîne et du staff avec qui je travaille.

Et puis, cette ambiance au Dantou avec de petites tribunes et le public qui est autour des talanquères, ça doit te rappeler ta jeunesse et tes débuts dans le rugby ?
Franchement, oui. La tribune fait quand même 1 500 personnes, on tourne autour de 1 500 / 2 000 et je trouve que c’est même plus intéressant d’avoir un stade un peu fermé, un » petit » stade un petit peu à l’ancienne plutôt que d’avoir un grand stade avec de grands espaces où tu ressens peut-être moins le public. On est content d’être sur ce stade et c’est vrai qu’on y prend beaucoup de plaisir.

Merci et on te souhaite une belle fin de saison avec le CAP
C’est gentil.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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