#Rugby – Nationale 2 / Lionel Grand (Dijon) : «Se donner la chance de pouvoir tenter de se maintenir, on a 10 matchs pour ça!»

Focus sur le club Bourguignon du Stade Dijonnais qui après avoir été repêché en Nationale 2 à l’intersaison, tente de se reconstruire autour d’un nouveau staff et d’un groupe régénéré. Pour nous faire un bilan de mi-saison, Lionel Grand, l’entraîneur principal du Stade Dijonnais nous a accordé un entretien tout en posant le constat d’une place de relégable à quelques heures de reprendre la compétition. Pour l’ex coach de Saint Étienne et Chambéry, cette cuvée 2024 des stadistes mérite d’être maturé sur le long terme pour donner la pleine puissance de ses moyens .

 

Crédit photo Léa Jaime Pomares

 

Pour ta première année en tant qu’entraîneur principal du Stade Dijonnais, après une année auprès de Thomas Koehler la saison dernière en Nationale 2, quel bilan peut-on tirer de cette mi-saison ? 

 

C’est forcément un bilan un peu brut d’être relégable à Noël, c’était un enjeu fort que de réussir à avoir deux équipes derrière nous pour passer des vacances de Noël un peu plus sereines. Ça, c’est le résultat pur et dur mais derrière, il y a ce sentiment que quelque chose se passe à l’intérieur de ce groupe qui est jeune, en pleine reconstruction, qui a été bâti pour jouer en Fédérale 1. Il y a donc ce sentiment que des choses se passent à l’intérieur de ce groupe, qu’il évolue et qu’il faut continuer à le faire évoluer pour gagner davantage de matchs. C’est un bilan avec à la fois de la déception niveau sportif mais avec un groupe qui se crée, qui est en train d’évoluer et ça, c’est sûrement extrêmement positif pour le club sur le moyen ou le long terme. 

 

Comment s’est passé le passage du professionnalisme avec des entraînements sur la journée, tous les jours à la pluriactivité, ou la quasi-pluriactivité, avec des entraînements que le soir ? En douceur ou est-ce qu’il a fallu bien indiquer que l’on changeait de cursus à un moment donné ? 

 

Ça a été un peu brutal pour certains joueurs car ils n’avaient vécu leurs vies de joueurs seniors que sur un mode pro. Travailler la journée, venir faire une séance de muscu et s’entraîner le soir était un rythme à prendre pour certains garçons mais, sincèrement, ça n’a pas non plus bouleversé nos vies sur ce qu’on veut faire sur notre rugby. On a forcément un peu moins de temps avec les joueurs, surtout sur l’extra rugby et sur ce qui se passe en-dehors du terrain, je pense qu’il faut être capable d’aller à l’essentiel sur les informations à donner aux joueurs, sur comment les traiter et ce qu’on a envie de faire. Finalement, je pense qu’actuellement, tout le monde s’y retrouve.

 

On ne va pas se le cacher, l’objectif initial du Stade Dijonnais est le maintien et pour l’instant, vous êtes quand même sur la bonne corde pour essayer d’y arriver ?

 

Quand on a mis les pieds en Nationale 2 avec ce groupe-là, je pense qu’à un moment donné, on a tous eu la peur d’être ridicules, de se dire  » comment est-ce qu’on peut gagner un match de rugby à ce niveau-là ? « . L’automne nous a vraiment rassuré sur notre capacité à le faire mais l’hiver et le mois de Décembre ont été très durs avec ces deux défaites à domicile contre les deux premiers qui nous ont clairement fait plonger au classement. Pour l’instant, non, on n’est pas dans les clous, est-ce qu’on le sera à la fin de saison ? Je ne sais pas mais, en tous cas, on essaye de s’en donner les moyens, de se donner cette chance-là de pouvoir tenter de se maintenir et on a 10 matchs pour ça.

 

Le match de ce week-end face à Bédarrides-Châteauneuf du Pape est quand même un match important dans cet objectif de maintien car l’ASBC est également une équipe qui, comme vous, lutte pour le maintien ?

 

Sincèrement, on a repris le 2 Janvier, on va dire qu’on a eu une reprise en douceur le 2 mais dès le 3, ça a été d’expliquer et de démontrer aux joueurs que les 10 matchs qu’on allait jouer avaient tous la même importance. Que ce soit un déplacement à Bédarrides-Châteauneuf du Pape ou un autre à Auch, chaque point est important donc on le prend comme les 10 matchs que l’on va vivre jusqu’à la fin de la saison où chaque point sera important. Moi, j’ai surtout envie qu’on se démontre qu’à l’extérieur qu’on peut être capable d’exister, on a été inexistant sur les deux derniers déplacements à l’extérieur que l’on a eu à La Seyne et à Aubenas. J’ai donc envie qu’on arrive à exister à Bédarrides-Châteauneuf du Pape et si on arrive à exister, on sera peut-être récompensé par un point ou plus. 

 

Quand on entend tes propos en début d’interview, on a vraiment l’impression que tu veux créer quelque chose sur la durée avec ce groupe, le faire monter en puissance et le faire maturer ? 

 

Ah oui, c’est clairement l’enjeu pour moi ! Je pense que le Stade Dijonnais est passé d’un statut qui, à un moment donné, a peut-être rêvé à la Pro D2 et maintenant, c’est un club de Nationale 2 avec des moyens financiers qui sont tout autres et il faut donc forcément avoir des stratégies toutes autres. Quand je vois ce groupe-là, la manière dont il vit, la manière dont il s’entraîne, la manière dont il a envie d’exister dans ce championnat-là, j’ai clairement une envie de le faire perdurer. Je pense que l’évolution de nos performances, cette année comme dans le futur, passera par notre capacité à créer un vécu collectif important et pour se faire, il est justement important de pouvoir fidéliser un maximum d’acteurs de ce projet-là pour performer sur du long terme. Il y a quelque chose qui se passe dans ce groupe, je sens des gens bien qui peuvent évoluer, des joueurs qui peuvent évoluer, un groupe qui peut évoluer et progresser. Je pense aussi sincèrement que les gens qui viennent nous voir à Bourillot sont aussi conscients de nos limites, on a beaucoup moins de moyens financiers qu’avant, on a peut-être moins de joueurs capables de nous faire basculer une rencontre mais par contre, j’ai l’impression qu’on arrive à rendre les gens plutôt fiers de ce qu’ils voient sur le terrain. Ça, c’était quelque chose d’extrêmement important pour moi mais maintenant il y a une réalité qui est de gagner des matchs pour se maintenir et je pense qu’en continuant à créer notre vécu collectif et surtout en faisant évoluer notre groupe, notre projet de jeu et nos entraînements, on peut y arriver. C’est ce qu’on a essayé de faire dès le 2 Janvier et on verra où on sera au mois d’Avril. 

 

L’un des ciments qui peut amener le renouveau du Stade Dijonnais, c’est aussi sa formation pour avoir une identité club. J’imagine que tu dois beaucoup t’appuyer sur le travail fait par Romain Kusiolek avec les espoirs qui ont des résultats qui ne sont pas mal ? 

 

Ça fait deux saisons que les espoirs ont des résultats franchement excellents. On a beaucoup de jeunes joueurs qui sont intégrés aux entraînements avec nous, des joueurs de 18 à 20/21 ans, à nous d’être capables de voir ceux qui peuvent franchir les étapes ou pas. On a déjà fait jouer un joueur de 18 ans à Aubenas, il y a aura sûrement un joueur qui fera sa première feuille de match ce week-end à Bédarrides-Châteauneuf du Pape. Je m’appuie évidemment sur Romain et sur ça mais aussi sur Pierre Auboeuf en tant que responsable du Pôle Espoir qui connaît tous ces joueurs bourguignons qui, à un moment donné, ont quitté la Bourgogne et c’est l’un de nos enjeux d’en faire revenir dans le secteur. Ce sera sûrement l’un de nos enjeux l’année prochaine, d’avoir une équipe qui soit de plus en plus bourguignonne et moi, je suis content que des Baptiste Prcanovic, Killian Marion, Jean-Baptiste Fuster, qui sont passés par le Pôle à Dijon, soient revenus jouer pour le Stade Dijonnais. Je suis content aussi d’avoir pu fidéliser des Antoine Dessauny, Mathias Blanc et beaucoup, beaucoup d’autres. Je pense qu’on est dans un secteur géographique qui n’est peut-être pas le Sud-Ouest mais avec une qualité de formation qui reste quand même présente et sur laquelle on peut s’appuyer. 

 

Dans le sens inverse, quand il y a des joueurs comme Enzo Marzocca ou Simon Hartmann qui s’expatrient à Albi, qui réussissent et qui font de bons résultats, est-ce qu’on s’en sert comme d’une fierté et d’un exemple pour les jeunes du côté de Dijon ? 

 

Ce n’est que ma 2e année au Stade Dijonnais donc je ne connais pas Enzo Marzocca mais je pense qu’il faut accepter le départ de joueurs. Il faut accepter que tes joueurs dominants, qu’ils soient Crabos ou autres car, à un moment donné, s’ils ont l’opportunité de pouvoir avoir des projets très forts et très solides dans des clubs pros, ce serait une aberration de tout faire pour les garder. Tant que la Côte d’Or, la Saône-et-Loire et autres n’auront pas un club extrêmement dominant, c’est normal que des joueurs comme ça quittent le secteur géographique. Ça me semble tout à fait logique si le projet qui leur est proposé est cohérent donc de voir Enzo Marzocca ou Simon Hartmann jouer très régulièrement à Albi, je pense qu’il faut s’en servir comme fierté, tout à fait. Je leur souhaite avant tout le bonheur, je n’attends pas un échec pour vite prendre mon téléphone et les appeler pour leur dire  » il y a toujours une place au Stade Dijonnais pour toi « . J’espère sincèrement qu’ils vont réussir comme d’autres. 

 

Quel est le mot d’ordre ou le leitmotiv pour cette année 2024 ? 

 

Je vais dire le mot d’ordre que j’ai donné aux joueurs avec mes leaders et devant l’ensemble du groupe qui a été  » évoluer mais pas révolutionner « . Pour moi, il faut être très clair, on ne peut pas remettre un bilan de 6 mois ensemble avec plein de choses positives qui se passent sur peut-être un ou deux faits de jeu qui font qu’aujourd’hui, on est relégables car sans ces un ou deux faits de jeu, on serait peut-être 9es ou 10es aujourd’hui. Donc je pense qu’il ne faut pas tout remettre en question mais par contre, il faut continuer à évoluer, il faut que notre groupe évolue, que nos entraînements évoluent, que notre staff évolue, il faut qu’on évolue tous y compris le Stade Dijonnais mais il ne faut pas non plus se retourner le cerveau pour révolutionner. Évoluer mais pas révolutionner, c’est un peu mon mot d’ordre depuis le 2 Janvier. 

 

Merci et on te souhaite une belle fin de saison avec le Stade Dijonnais

 

Merci.

 

Propos recueillis par Loïc Colombié

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