Petit tour d’horizon de l’actualité du foot féminin en Albigeois avec l’AMTFA et son entraîneur Alain Benedet a l’aube du derby de D2F entre albi et Rodez.

Seconde année sportive à la tête de l’équipe première de l’AMTFA et un nouveau défi qui n’est pas moindre puisque, l’année dernière, vous avez gagné sur le terrain de participer à cette » super » D2 féminine ?
On est passé entre la colle et l’affiche puisque le maintien s’est fait sur le dernier match, sur une défaite pour nous à Saint-Etienne et une victoire, ou un match nul, du Puy contre Grenoble ce qui nous a arrangé pour être maintenus. C’était compliqué au départ sachant qu’on avait perdu beaucoup de joueuses mais on a réussi à accrocher cette 6e place qui était la place du maintien, surtout avec l’état d’esprit du groupe qui a été notre force toute la saison.

Quel est le bilan que tu tires de cette première année ?
Une force collective, ça a été la première des choses, avec des joueuses qui n’avaient pas joué à ce niveau-là, l’échange avec les filles qui a été un échange très riche et qui m’a amené beaucoup, beaucoup de satisfactions. C’est vrai qu’il y avait du travail mais j’ai eu la chance de travailler avec un staff étoffé avec qui on a fait du très bon boulot, la preuve étant qu’on l’a fait ressentir sur le terrain avec l’implication des filles.

Comme le disaient les dirigeants, ce maintien de l’année dernière est une quasi-accession ?
Oui, c’est vrai parce qu’on est parti de loin. Le président m’avait dit » si on arrive à avoir 10 points à la fin de la saison, ce sera vraiment un miracle » et on a réussi à prendre 30 points, ce qui est même mieux que l’année d’avant et ce qui veut dire que les filles n’ont rien lâché. On n’avait pas pris beaucoup de points sur les matchs aller mais on a bien fonctionné sur les matchs retour, ça s’est joué avec le facteur chance sur le dernier match qui a tourné en notre faveur et tant mieux. C’est mérité vu la saison que les filles ont abordée avec beaucoup d’envie, beaucoup d’écoute et beaucoup de travail.

Tu connaissais déjà le foot féminin mais tu l’as découvert en mettant vraiment les mains dedans. Qu’est-ce que ça a amené de plus à ton bagage et à ton expérience ?
Ça m’a amené une approche complètement différente avec des discours différents de ceux d’avec les garçons. Même si je suis formateur de métier avec beaucoup d’exigences, les filles ont eu du mal au début à voir l’exigence que je mettais aux entraînements mais ensuite, il y a eu beaucoup, beaucoup de confiance entre nous. Les choses étaient dites devant tout le monde avec beaucoup d’application et de sérénité, on ne peut pas expliquer des choses fortes à des filles comme à des garçons car certaines se referment sur elles-mêmes. Là, il fallait amener les filles le plus loin possible donc le but était de beaucoup les encourager, de leur montrer les défauts à corriger rapidement et ensuite, en ayant un discours cohérent et très clair, elles ont adhéré au projet ce qui a fait notre force pour le maintien.

On va parler du mercato. L’année précédente avait été un grand renouvellement avec une grande diaspora et cette année, on parlera plutôt d’un renouvellement qualitatif à coup de petites retouches ?
On a essayé de cibler les postes clés qui nous avaient fait défaut l’année dernière et là où on devait corriger pour pouvoir prétendre à bien démarrer cette nouvelle poule de D2. On a eu la chance de recruter des joueuses intéressantes comme la gardienne Solène Froger qui nous fait un bon début de saison, comme Mathilde Beaufils qui joue derrière, qui vient du TFC et qui nous a mis une bonne expérience sur l’assise défensive et nous apporte beaucoup de sérénité. Au milieu de terrain, on a recruté Léa Crouzet qui est parti faire le championnat du monde en Chine avec l’Université de Bordeaux pendant 15 jours, elle a fini 3e et est ressortie médaille de bronze, elle nous amène vraiment la clairvoyance et la sérénité au milieu de terrain en alternant du jeu court et du jeu long, ce qui nous permet de pouvoir déclencher de bonnes phases de jeu. Également au milieu, on a ensuite Fanny Pereira qui a un abattage d’enfer et qui court partout, elle est petite mais elle marque des buts de la tête et d’ailleurs, elle a un but refusé contre Montauban alors que pour moi, il était valable et elle a déjà mis deux buts de la tête. Nous avons aussi récupéré Fannie Da Cunha qui vient de Nîmes et qui était la meilleure joueuse de Nîmes la saison dernière, elle a eu un petit peu de mal à se mettre dans le rythme de ce que l’on demandait mais elle arrive en force en ce moment avec beaucoup de détermination et d’envie. Nous avons ensuite deux autres joueuses de Toulouse, Safia Tall, une jeune joueuse attaquante de 20 ans, et Marine Garcia qui a encore marqué contre Montauban. Ça fait un bon petit noyau qui nous amène beaucoup de choses ainsi qu’un banc qui est complet et qui me permet à moi de faire des changements à tout moment et d’amener encore un plus à l’équipe.

Comment fait-on pour être attractif et pour attirer des joueuses face aux armadas professionnelles de D2 féminine quand on s’appelle Albi Marssac Tarn Foot, qu’on est quasi intégralement amateur et qu’on a le plus petit budget ?
On ne vend pas du vent aux filles, on leur vend un projet avec un travail. Il faut savoir que, comme les garçons, les filles se renseignent beaucoup et se connaissent beaucoup, elles savent qu’Albi est une une ville qui est belle et que le club essaye d’avancer et d’évoluer. Elles se renseignent donc et ensuite, quand j’ai des discussions avec des joueuses, j’essaye de les mettre dans les meilleures conditions possibles pour adhérer au projet que l’on souhaite mettre en place. Après, c’est une question de feeling et d’envie et, à ce jour, on a eu la chance de récupérer de bonnes joueuses qui ont bien voulu venir dans ce projet-là.

On va revenir sur le début de saison de l’AMTFA et on peut dire qu’il est quand même assez probant et réussi ?
Oui, c’est vrai. On a eu un match mal entamé contre Nantes à la maison sur l’ouverture du championnat et où on a quand même pris 5 buts contre une belle équipe de Nantes certes mais on a été un petit peu timoré sur ce match-là. Ensuite, on a su aller chercher un match nul à Orléans avec beaucoup de réussite mais aussi beaucoup de détermination, on a engrangé derrière sur le match de Thonon où on gagne 2-0 chez nous ce qui était important pour que le groupe commence à prendre beaucoup plus confiance. Nous avons gagné à Lens où, pour moi, il n’y aura pas beaucoup d’équipes qui auront la chance d’aller y gagner car c’est une belle équipe bien huilée et bien en place. On a fait front quand on a été mené au score et on n’a rien lâché même à 10, puisqu’on est resté à 10 les 20 dernières minutes et on a vu un courage énorme des filles, même chez les remplaçantes qui sont rentrées, ce qui a été une grosse force de l’équipe. Ça a été suivi de la réception de Strasbourg à la maison où on a perdu 3-1, une belle équipe de Strasbourg mais avec une belle confrontation en 1ère mi-temps puisqu’il y avait 0-0 à la pause. Il me manquait 3 joueuses importantes, Léa Crouzet, ma meneuse de jeu au milieu, Louise Cid, la latérale droite qui était suspendue et Fanny Pereira qui était absente toute la semaine. Ce sont des filles qui m’amènent l’équilibre dans ce groupe-là et qui ont manqué sur ce match de Strasbourg car je pense qu’au complet, on aurait largement pu rivaliser avec cette équipe-là mais c’est une belle équipe qui n’est pas première pour rien puisqu’elles n’ont perdu aucun match. S’en est suivi la victoire 5-1 contre Montauban avec une bonne revanche par rapport à la saison dernière où on avait été un petit peu humilié. J’avais bien dit qu’il ne fallait pas partir sur un thème de revanche mais qu’il fallait garder la tête froide, essayer d’ouvrir le score puis essayer d’en mettre un 2e voire un 3e pour que le groupe garde confiance, ait la même détermination et il s’avère que l’on a mis 5 buts, de beaux buts d’ailleurs ce qui a encore plus conforté l’état d’esprit du groupe.

Pour résumer, on peut dire que le match dans l’adversité à Lens a permis de vraiment resserrer le groupe et d’enclencher le levier de la solidarité et que le match face à Montauban est un peu le match référence ?
C’est ça, ça a été un élément déclencheur, un match référence qui s’est confirmé sur les prestations d’après même si on a perdu Strasbourg qui reste quand même un match où on n’a rien lâché. Je pense qu’on a commis deux erreurs de placement qui nous ont coûté cher, on l’a montré à la vidéo, mais je pense que le nul aurait été équitable contre Strasbourg et ça restait donc quand même sur une continuité.

Le prochain match se joue à Nice, vous y aviez fait un résultat l’année dernière et le but est bien sûr de le rééditer ?
L’année dernière, on n’a jamais pu faire match nul, cette année, on en a déjà fait un à Orléans donc le but pour moi est d’aller chercher des points à l’extérieur. A Nice, le but est de réitérer le match de la saison dernière où on avait très bien opéré en contre et où on les avait atomisées. On voit qu’ils marquent un peu le pas cette année, ils ont perdu des joueuses de qualité mais un match reste un match, tout le monde peut battre tout le monde donc on va y aller avec un schéma de jeu que je n’ai pas encore mis en place mais qu’on va très vite dévoiler aux filles pour contrer cette équipe de Nice puisqu’on sait qu’on a beaucoup de vitesse devant. Pour cela, il va d’abord falloir être solide pour ne pas prendre de but et on fera le reste au fur et à mesure du match.

On sait qu’à l’AMTFA, vous travaillez aussi sur la prépa mentale avec Romain Brunot. Que vous apporte cette nouveauté qui est dans le milieu du sport depuis une petite décennie ?
Ce qui est intéressant, c’est que les filles savent faire le retour critique du match donc il y a des ateliers de travail le lundi soir. Ça amène les filles à se lâcher sur des choses qu’elles ont ressenties en cours de match donc le préparateur mental m’amène beaucoup d’informations à ce niveau-là. C’est bien parce-que ça garde de l’échange, ça nous permet au staff et à moi de voir les demandes que les filles ont pu apercevoir sur les matchs, de corriger et d’améliorer aussi sur des thèmes d’entraînement et de jeu pour conforter encore le besoin que les filles demandent.

On parle d’avenir et on vous souhaite de vous maintenir. Si d’aventure, il y avait maintien, il y aura obligation l’année prochaine d’avoir 11 contrats fédéraux à mi-temps et on peut dire que, pour l’AMTFA, ce sera un vrai virage sociologique tant pour les joueuses que pour le staff et bien sûr les dirigeants ?
Tout à fait. C’est un virage que le club va prendre, soit on l’assoit en D2 et au maintien auquel cas il faut bien sûr que l’on réponde au cahier des charges de la Fédé à savoir qu’il faut que l’on arrive à faire au minimum les 11 contrats mi-temps fédéraux. Il faut ensuite voir les conditions du cahier des charges sur le terrain pour investir car ça rentre aussi en ligne de compte et le plus gros est bien sûr d’essayer de doubler notre budget si c’est possible. Il va y avoir une table ronde qui sera organisée prochainement avec la municipalité, le Conseil Départemental, des gros partenaires et on va voir si on est capables de doubler ce budget-là pour asseoir le club en D2. Par contre, si on assoit le club en D2 mais qu’on ne répond pas au cahier des charges de la Fédé, on est rétrogradé en 3e division même si on se maintient et à ce moment-là, on formera. C’est donc un virage important, à voir s’il peut être pris avec une conscience de part et d’autre et si cela est réalisable.

On va terminer par un petit clin d’œil. Vous aviez l’année dernière dans votre staff Hugo Boutin, un rugbyman du SCA parti aujourd’hui sous d’autres cieux. Que vous a amené l’apport d’Hugo Boutin avec sa vision ovalie ?
Ce qui était bien avec Hugo, c’est qu’il était intransigeant sur la préparation athlétique avec Marion, qui est également notre préparatrice physique. Il a aussi un peu amené l’exigence, tout comme Marion mais d’une autre façon, c’est un joueur de rugby avec une approche totalement différente et ça a amené les filles à se surpasser sur les séances physiques, et dieu sait que ce n’est pas évident quand on travaille le physique, mais il y avait une grosse confiance et les filles étaient très, très à l’écoute d’Hugo. Moi, j’ai appris à connaître une belle personne, quelqu’un d’humble et de simple qui ne fait pas de bruit, toujours à l’écoute, qui découvrait aussi l’aspect tactique que je demandais aux filles. Il y avait un bel échange entre nous et on vivait bien, il y avait une bonne osmose entre tout le staff et moi-même ainsi qu’un bon état d’esprit entre nous que les filles ont également ressenti. Hugo nous a donc apporté beaucoup de belles choses, je regrette tout simplement qu’il soit parti à Massy mais je l’ai eu dernièrement au téléphone, on s’appelle, il suit nos résultats et je le remercie encore une fois de son investissement qu’il a su mettre en place au sein de l’équipe, il est d’ailleurs apprécié par tout le monde.

Merci et on souhaite une belle saison à l’AMTFA
Merci beaucoup.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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