#Rugby – Nationale / Mathieu Bonello (Albi) : «Je ne suis pas sûr qu’on en verrait beaucoup d’entraîneurs qui aujourd’hui feraient 10 ans dans un même club!»

Retrouvez la conférence de presse hebdomadaire du manager du Sporting Club Albigeois, Mathieu Bonello, en amont de la réception du RC Narbonne pour le compte de la 6eme journée de Nationale.

Crédit photo Jacques Massine

Est-ce qu’on peut parler du match contre Tarbes comme celui le plus abouti du SCA depuis le début de saison ? 

 

On a fait un bon match, le plus abouti je ne sais pas, mais c’est celui où il y a le plus de choses positives. C’est une bonne évolution, on avance. 

 

Après le match, Alex Albouy a parlé de rugby total. C’est le rugby vers lequel tu veux tendre ? 

 

Comme tous les entraîneurs (rires). A n’importe quel niveau, on veut tendre vers le rugby total, parfois, ça marche mieux et parfois un peu moins mais en tous cas, on essaye aussi de varier un peu notre jeu. Ça met du temps à se mettre en place donc là, c’est une bonne chose, tout n’a pas non plus été parfait mais c’était une belle prestation de notre part. 

 

Affronter Narbonne après un match comme ça est aussi une occasion de se tester réellement ? 

 

C’est un cador de la poule, ils sont premiers invaincus donc les chiffres parlent pour eux. Ce n’est pas du hasard quand tu es premier et on a forcément un gros morceau au Stadium samedi. 

 

Second ex-aequo est quand même un beau positionnement au bout de 5 rencontres ? 

 

Comptablement, c’est bien mais comme je vous l’ai dit au début de la saison, ce qui m’importe aussi à moi, en tant qu’entraîneur, c’est qu’on évolue et qu’on s’améliore dans le contenu rugby. C’est ce qu’on est en train de faire donc ça, c’est la bonne chose. C’est vrai que le classement est important tout comme les points et les victoires mais quand tu es entraîneur et que tu vois que l’équipe évolue dans le contenu et dans la bonne dynamique, c’est presque encore plus important que des points. On sait que sur les points, parfois, d’un dimanche à l’autre, sur une décision ou un rebond défavorable, ça peut changer mais par contre, sur le contenu, quand ça évolue positivement, tu te dis que c’est le bon chemin. Le chemin est toujours difficile mais on est content. 

 

Quand tu es coach et que tu croises des équipes joueuses comme ça, est-ce que tu n’as pas plus envie de faire jouer ton équipe que contre des équipes qui ferment le jeu ? 

 

Je crois qu’ils ont une philosophie de jeu là-aussi culturelle. C’est une très, très belle équipe mais, comme je vous l’ai déjà dit, nous, cette année, on essaye de ne pas trop regarder les autres. On ne changera pas la règle même cette semaine à savoir qu’on se regarde beaucoup plus nous qu’on ne le faisait par le passé même si on était déjà sur ce travail-là l’année dernière de nous regarder nous d’abord. Que ça nous influence sur le type d’équipe que l’on va rencontrer ou sur le type de rugby que l’on va jouer, non, je ne pense pas car quand tu es entraîneur, tu es quand même obligé d’avoir un fil conducteur. Cette année, on voudrait peut-être être plus complet même si, attention, ne nous trompons pas car pour être complet, il faut quand même avoir des bases très solides. 

 

Une fois encore, on n’a pas pris d’essai samedi. Ça veut dire que la défense est une base solide qu’a le SCA et sur laquelle il peut s’appuyer ? 

 

Ça peut parfois changer d’un samedi à l’autre (rires). C’est bien sûr une bonne chose pour l’équipe mais je suis convaincue que la défense est l’état d’esprit et les joueurs ont un état d’esprit incroyable donc, forcément, on est bien dans ce secteur-là. Il va falloir par contre se remettre en question tous les samedis pour essayer de la maintenir, c’est bien sûr un travail technique mais surtout beaucoup d’état d’esprit et cette année, comme par le passé, on a des joueurs extraordinaires dans l’état d’esprit. 

 

On a l’impression que cette année, vous êtes physiquement au-dessus de vos adversaires. Qu’est-ce qui a changé sur ce point par rapport à l’an dernier ? 

 

L’année dernière déjà, on fait un gros travail de fond dont j’avais trouvé qu’on était loin par le passé. Pour moi, cette année, on peut être plus dans la précision car l’an passé, je trouvais qu’on était physiquement plus dans le passé, j’en étais très content. Il a fallu construire la base pour être plus dans la précision mais il y a aussi tout ce qui a été mis en œuvre pour le complexe, notre centre d’entraînement, les structures, le fait de faire moins d’allers / retours. Tout joue, ce n’est pas seulement qu’un domaine, on n’a pas spécialement changé beaucoup de choses en termes d’entraînement dans la planification, même si on a réajusté et évolué car ça évolue chaque année. Je crois que c’est tout un ensemble, l’environnement est aussi propice à ce qu’on soit un peu mieux physiquement mais c’est pareil, c’est aussi quelque chose qu’il faut entretenir sur le temps. Je vous avais déjà parlé du premier bloc mais j’avais surtout dit qu’on ferait un point à la fin du 2e. 

 

On a vu qu’Albi posait des attaques variées et très différentes. On se rappelle des propos de Fabien Fortassin l’an dernier qui disait qu’Albi ne savait que marquer des essais à 3 passes mais là, vous avez su répondre sur le terrain ? C’est peut-être inconscient mais c’est une belle réponse ? 

 

Oui, c’est inconscient et la saison dernière était la saison dernière. Cette année, on a aussi recruté des joueurs avec de l’expérience donc ça doit nous aider. Encore une fois, on parle beaucoup de notre jeu mais il y a encore quelques week-ends, on parlait de notre jeu d’une manière différente. C’est vrai qu’on essaye de s’améliorer, de travailler des choses régulièrement à l’entraînement pour faire évoluer notre jeu mais j’ai envie de dire qu’on avait aussi cet objectif-là l’année dernière. Peut-être qu’on y met plus un focus aujourd’hui parce qu’on a pris des joueurs d’expérience et qui ont peut-être plus l’habitude de jouer un rugby total. 

 

En tous cas, vendredi dernier, ça n’était pas du rugby à 3 passes ? 

 

Non, c’est vrai, je suis d’accord avec toi. On a déplacé le ballon, on l’a bougé et je crois que tout le monde a pris du plaisir, les joueurs avant tout, et quand les joueurs prennent du plaisir, le public et les gens qui regardent le match prennent du plaisir. Encore une fois, et je comme je l’ai dit, c’est bien dans l’évolution de notre jeu mais il est aussi important que l’on soit patient à des moments car c’est un jeu qui est aussi difficile à mettre en place. Il faut que les joueurs se l’accaparent et ils sont en train de s’accaparer le projet. 

 

Narbonne, 1er, Albi, 2e ex-aequo, on peut quand même parler d’un choc au bout de la 6e rencontre de Nationale ? 

 

Il est sûr que nous sommes deux équipes de haut de classement. Ils ont fait 5/5 et il n’y a rien à dire sur le fait qu’ils soient premiers, ce n’est pas tombé du hasard et ce n’est pas tombé du ciel s’ils ont fait 5/5. On va jouer le leader et on va avoir affaire à un gros morceau face à nous samedi. 

 

Tu vas nous dire qu’il n’y a pas de titulaires ni de remplaçants pour toi mais depuis quelques temps, on a remarqué que tu avais un peu modifié la stratégie de départ à savoir que des joueurs qui rentraient en 2e mi-temps jouent maintenant d’entrée. Est-ce que ça change l’abord des matchs pour eux ou pour l’ensemble du groupe ? 

 

Oui, forcément mais chez nous, on ne doit pas avoir de titulaires ou de remplaçants, on est un seul et même groupe et une seule et même équipe tellement ce championnat de Nationale est dur. On a des stratégies que nous, les coaches, mettons en place mais pour moi, les joueurs se valent. Ils ont forcément des qualités et des défauts différents les uns des autres mais pour moi, ce rugby-là que j’ai connu où c’était vraiment une tare d’être remplaçant est aujourd’hui fini et ce, chez toutes les équipes, j’ai envie de dire que ça s’est banalisé. Bien sûr que je bouge les lignes en début de saison et c’est mon devoir de le faire à ce moment-là mais des mecs qui étaient remplaçants démarrent et vice-versa. Ça, ça s’appelle l’émulation et la concurrence et il faut la faire vivre, si toi, coach, tu ne la fais pas vivre et que tu mets toujours les mêmes aux mêmes endroits et aux mêmes moments, le joueur s’habitue et il ronronne. Ils savent que ce qui est important pour moi, c’est d’aller chercher ce maillot, ce dernier est posé, il est dans le vestiaire et il suffit qu’ils le prennent. Je leur donne la possibilité de le prendre et de le garder. 

 

Petite question d’actualité : Fabrice Estebanez, un joueur que tu connais bien devenu entraîneur, a été licencié de Bourg-en-Bresse. Au bout d’un mois de compétition, un entraîneur saute déjà en Nationale, on va dire qu’on prend le train du Top 14 et de la Pro D2 dans ce registre-là ? 

 

 Je l’ai appris, je n’étais pas au courant. C’est un métier qui est difficile et parfois, on a peu de temps pour performer et là, j’ai une pensée pour lui car c’est quelqu’un avec qui j’ai passé du temps en tant que joueur. Ce ne sont jamais des périodes faciles mais c’est aussi notre poste et notre rôle qui veulent ça, on est parfois un fusible. C’est vrai que c’est très tôt et que même la Nationale ne perd pas son temps là-dessus. C’est sûrement le rugby actuel, on ne reviendra plus en arrière maintenant et on en verra de plus en plus mais c’est toujours solidarité pour mes collègues. C’est difficile, c’est un poste qui est dur, on désigne souvent qu’un seul homme mais les problèmes, ce ne sont pas qu’un seul homme. 

 

On a vu des coachs, ici à Albi ou ailleurs, faire des sessions de 10 ans dans un club mais maintenant, faire 3 ou 4 ans dans un endroit commence déjà à être un bel exploit ? 

 

Ce que tu dis est vrai et on n’en voit plus trop, quand tu commences déjà à faire 3, 4 ou 5 ans dans un même club, c’est beau. Il faut savoir se renouveler et ce n’est pas facile, il faut aussi savoir s’entourer pour également changer un peu de discours. Ça devient de plus en plus dur mais je suis un adepte de la fidélité, d’ailleurs, je n’ai connu que deux clubs en tant que joueur. C’est un peu différent en tant qu’entraîneur car on est amené à bouger et à évoluer selon les niveaux mais c’est vrai que je ne suis pas sûr qu’on en verrait beaucoup qui feraient 10 ans dans un même club.

 

Est-ce que tu penses que ce changement de mentalité dans le rugby vient de la nouvelle génération de joueurs qui switchent plus vite ou aussi d’une nouvelle génération d’entraîneurs qui, peut-être, est différente de celle des anciens ? 

 

Je pense que ce sont les deux. Avant, on était plus attachés à un club, on restait là pendant des années et on ne voulait pas trop en sortir et maintenant, c’est devenu monnaie courante que de beaucoup bouger, il y a peu de problème pour bouger géographiquement. C’est la première des choses et la seconde, c’est que je pense qu’on est aussi dans une actualité où on veut tout tout de suite et rapidement donc dès que ça ne marche pas, il faut nommer quelqu’un car si ça ne marche pas, c’est cette personne-là et on veut vite bouger les choses. C’est suivant comment sont les clubs, leur stabilité mais je suis convaincu que les clubs stables sont ceux qui s’inscrivent dans la durée. 

 

Un petit point sur l’infirmerie ? 

 

On a les mêmes pétés. On a toujours François qui est en délicatesse et qui va reprendre dans quelques semaines alors qu’il était prévu pour reprendre sur ce bloc, nos deux ailiers, Raivono et Robinson, sont toujours un peu blessés. On a 5/6 blessés pour l’instant mais on va faire le point cette semaine. 

 

Peut-être un appel au public ? 

 

Si les gens veulent venir au stade, il faut qu’ils viennent mais on n’a pas à les forcer. Nous, on a à être généreux sur un terrain et à pousser les gens à venir nous voir, on doit nous aussi être bons et j’espère que le Stadium se remplira petit à petit. Je vais leur trouver une excuse, c’est que le Stadium est très grand et qu’on a l’impression qu’il y a peu de monde donc, pour combler, ce n’est pas facile mais en tous cas, je sens qu’il y a des supporters, de fervents supporters qui sont derrière nous dont le Comité d’Animations qui est tout le temps là et je les remercie pour leur engagement. 

 

Quel est le mot d’ordre ? 

 

Continuer à avancer et continuer à construire notre rugby.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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