#Rugby – Nationale / Xavier Marco (Narbonne) : «Notre projet, c’est qu’on se situe dans les 20 meilleurs clubs français, qu’on soit au milieu du tableau de Pro D2!»

A quelques jours du début de la saison de Nationale 2023 / 2024, coup de projecteur sur un club historique du rugby français : Le Racing Club Narbonnais. Dans l’Aude, après une saison de transition suite à sa descente de Pro D2, on compte bien repartir de l’avant et à nouveau tutoyer les sommets. Xavier Marco, le président du RCN nous a donc accordé un entretien grand format pour nous exposer le bilan de bataille des oranges ou encore nous détailler l’esprit et le contenu du projet « renaissance d’une légende ».

 

Crédit photo RCN

 

On va déjà commencer par tirer un bilan de la saison dernière, votre première saison en tant que président. Est-ce qu’on peut parler d’une saison réussie ? 

 

Parler d’une saison réussie, oui. Je pense que ça a été compliqué, il y a un an jour pour jour, je venais juste de prendre la présidence et je ne vous cache pas que c’était vraiment, vraiment très préoccupant. Grâce à notre conseil d’administration qui nous a bien suivis, on a manqué de peu le barrage mais je pense qu’on a quand même réussi la saison avec ce qu’on a mis en place. 

 

Qu’est-ce qu’il vous a manqué pour être dans ces 6 premières places ? 

 

Déjà, on n’a pas eu de chance au niveau des blessures, on peut être malheureux à ce niveau-là. On est quand même partis avec une grosse 3e ligne et à la fin, on s’est retrouvé à la fin à faire jouer des jeunes qui étaient tout juste titulaires. On a perdu Nouhaillaguet puis Madaule dans la foulée, Abescat qui s’est fait les croisés, Caffo et Christienne qui se font le scaphoïde, on s’est retrouvé avec une 3e ligne qui était démunie et avec une 2e ligne qui manquait un petit peu de puissance donc ça a été compliqué. Je remercie Valentin Sese qui a fait toute sa saison en 2e ligne en tant que leader, qui nous a vraiment été bénéfique et très fort à ce poste-là. Il nous a donc manqué d’un petit peu de puissance et ensuite de travail au niveau de la maturité, on a joué avec beaucoup, beaucoup de jeunes. 

 

En termes d’encadrement sportif, c’est la continuité avec Julien Seron ? 

 

Oui, on a prolongé notre staff pendant trois ans, on a voulu, que ce soit le conseil d’administration ou moi-même, rester dans la continuité. Je n’ai surtout pas envie de reformer un entraîneur chaque année ou un préparateur physique ou autre, je me suis donné trois ans, c’est un challenge pour moi mais aussi pour eux. 

 

L’année dernière, à la même date, on t’avait à notre micro et tu nous disais  » première année, on va essayer d’accrocher les play-offs ou de ne pas en être loin « , c’est chose faite,  » 2e année, obligation de play-off et 3e année, Pro D2 « . C’est toujours le plan de marche ? 

 

C’est ça le plan de marche. On essaye de se consolider cette année, tu as bien vu le recrutement que l’on a fait où on a mixé une équipe de jeunes qui était en place à des recrues d’un certain âge qui peuvent pallier aux manquements qu’on a eu l’an dernier. Malgré cela, on a une moyenne d’âge de 26 ans, on ne peut pas dire que l’on ait une équipe qui soit vieille mais maintenant, on veut essayer d’amener de la maturité et de la stabilité à la fougue et la jeunesse que l’on a. 

 

C’est le manque que vous avez pointé en fin de saison, ces vieux briscards qui peuvent canaliser cette fougue ? 

 

C’est ce qui nous manquait un petit peu. En plus, on s’aperçoit aujourd’hui que cette poule de Nationale est une poule qui monte en puissance au niveau des recrutements, ce n’est plus une poule amateure. On est considéré comme du rugby amateur mais, en ce qui nous concerne, ainsi que les clubs qui sont comme nous, on a tous des contrats pros. On arrive maintenant dans un système de rugby qui, pour moi, est la Pro D3, c’est la 3e division et on s’aperçoit qu’on fait quand même partie des 35 clubs français qui mènent. Il y a 30 ans, il y avait 36 clubs en Top 14, est-ce que tu vois ce que je veux dire ? 

 

Tout à fait 

 

Aujourd’hui, c’est monté en 3 divisions, ce qui n’est pas plus mal mais on se rend compte que notre division, au fur et à mesure que ça monte, est de plus en plus solide. 

 

On va parler un peu des budgets de cette quasi Pro D3 qu’est cette Nationale. C’est l’inflation des budgets et on voit qu’à Narbonne, vous avez aussi un petit peu augmenté car il faut toujours s’armer économiquement pour être dans la course ? 

 

Le nerf de la guerre pour tous les clubs, c’est le budget et pour le budget, ce n’est pas compliqué. Il faut que l’on séduise par des victoires, par une ambiance de stade qui est importante car le spectateur va aujourd’hui au rugby pour du spectacle et ce qui va se passer une heure avant et une heure après. Nous, on a lancé ce projet de club qui passe par des victoires, et j’espère que ça sera mieux que l’an dernier, et on a la chance d’avoir une municipalité qui nous aide à ce niveau-là, qui nous fait deux espaces réceptifs et un stade qui sera quand même plus agréable que ce qu’il y avait eu jusqu’à présent et où on pourra fédérer des entreprises. Le budget se fera autour de cet espace réceptif, je pense que si on veut nous exister dans ce monde du rugby, et j’en reparlerai avec la mairie, il faudra que l’on fasse un stade comme ont tous ceux qui existent dans le rugby actuel au niveau national.

 

On a vu qu’il y avait eu une grande messe autour des partenaires début Juillet, animée par toi-même et par ton compère et ami Gérard Bertrand qui a lancé le top départ du projet  » renaissance d’une légende « , est-ce que tu peux nous parler un peu de ce projet ? 

 

On parle souvent des années mythiques, 74, 79 mais on sait que Narbonne, c’est quand même 114 ans de rugby. En se lançant dans ce projet de reprendre un club, on ne pouvait pas ne pas donner renaissance à ce club-là donc, on s’est dit  » il faut que l’on travaille pour refaire naître ce club sur un modèle économique différent avec une ambition qui soit différente et surtout, travailler sur de la durée « . C’est pour ça que l’on s’est dit qu’on allait faire un projet sur deux, trois ou quatre ans, on ne s’est pas dit qu’on allait remonter pour Décembre. Pour notre projet, il faut que l’on se situe maintenant dans les 20 meilleurs clubs français, qu’on soit au milieu du tableau de Pro D2 pour essayer de figurer. On veut essayer d’avoir un système de jeu qui nous soit adapté et surtout, encore une fois, optimiser la formation.

 

Dans les annonces qu’il y a eu lors de cette soirée, il y a eu celle de l’arrivée d’un investisseur américain. Aller chercher des investisseurs à l’étranger fait aussi partie des nouvelles optiques que vous avez ? 

 

L’investisseur américain est venu via le réseau que l’on s’est créé de personnes étrangères au club comme Gérard Beltran, qui ne sont pas étrangères physiquement mais géographiquement comme également mon frère qui vit à San Francisco. Toutes ces personnes ont un réseau et on travaille de manière à vendre l’image du club en fédérant les gens et en leur expliquant que notre terre est une terre de rugby, c’est pour cela que l’on dit  » ici, c’est le rugby « . En essayant de séduire ces gens-là, on amène un projet sur la durée c’est à dire qu’on ne veut pas qu’on se serve tout le temps des investisseurs pour boucher les trous mais on veut essayer de construire quelque chose, essayer de construire du capital et de l’actif dans le club. On veut que demain, les investisseurs disent  » on a signé au Racing parce-que ça tourne, c’est une entreprise comme n’importe quelle entreprise « . 

 

En clair, c’est ne pas reproduire les erreurs du passé ? 

 

Le rugby est monté en flèche, nous, on a stagné et au fur et à mesure du temps, on est redescendu. Aujourd’hui, le rugby est toujours à la même hauteur, encore plus pro, et on veut remonter pour rattraper tout ce manquement que l’on a eu pendant des années. A l’heure où on se parlait l’an dernier, on était trois ou quatre dans les bureaux contre 8 maintenant et il faut que les gens comprennent qu’il n’y pas que le sportif dans un club de rugby, ça passe par l’administratif et par tout ce qu’il y a autour du sportif. C’est vraiment, vraiment un métier, c’est une entreprise, il faut des commerciaux, des comptables, de la communication, tu as une responsable financière, c’est une entreprise. A partir de là, il faut vraiment consolider les bases pour attaquer, on a déjà commencé par tout ça et le sportif suit, il faut ensuite que le sportif nous ramène des résultats. 

 

Un regard sur les autres équipes de la division ? Elles aussi avancent et s’arment ? 

 

Toutes les équipes s’arment. On a de très bonnes relations avec les clubs, on est concurrents sur le terrain car c’est comme ça et que ça fait partie de la vie mais au niveau structures, on est tous sur le même monde. Quand on fait des réunions à la fédé et qu’on parle tous ensemble, surtout des présidents et DG de clubs avec qui j’ai de très bonnes relations, on essaye tous d’avoir des modèles économiques les plus performants possibles pour essayer d’accrocher les meilleures places. Si je prends l’exemple de Dax, qui n’était pas un très gros budget, la mayonnaise et le club ont pris et ils se sont qualifiés pour monter en Pro D2 alors qu’il y a deux ans, ils étaient tout juste en milieu ou en fin de tableau de Nationale. C’est un travail qui se fera sur du long terme et surtout, il faut vraiment, vraiment stabiliser commercialement, administrativement et ensuite, avoir un staff qui, pour moi, soit stable. 

 

On peut aussi dire que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Malheureusement, Carcassonne est descendu de Pro D2 en Nationale mais pour vous, c’est un bonheur car vous allez avoir 2 derbys dont un à Narbonne où le trésorier va être content car vous risquez de faire un guichet fermé ? 

 

C’était une surprise. Je pense que Carcassonne a fait un petit peu de fautes comme nous nous avons fait lors de l’accession à la qualif. On a perdu deux matchs à la maison contre Chambéry et notamment contre Tarbes qui sont des matchs que l’on ne doit jamais perdre. Si on gagne ne serait-ce qu’un match, on est dans les 6 et ce qu’a fait Carcassonne, c’est pareil, ils se sont bouffé des matchs à la maison qui ont causé leur descente. Je suis content de faire le derby mais j’aurai préféré que Carcassonne reste en Pro D2 car on sait ce qu’est la difficulté pour monter, en plus Benoît Mestre est un ami et quelqu’un avec qui j’ai de très, très bonnes relations. On s’aperçoit que ça va être compliqué de monter, tu le sais comme moi, quand tu passes d’une Ligue Nationale à une Fédération, on perd beaucoup d’avantages qui ne sont pas négligeables, ne serait-ce que les droits TV qui, pour des clubs comme Carcassonne, représentaient 40% du budget. Je suis très content d’avoir un derby Narbonne / Carcassonne et j’aimerai un jour refaire un Narbonne / Carcassonne ou un Narbonne / Béziers en Pro D2. 

 

On va aussi parler de l’objectif de cette saison à savoir les play-offs, un objectif clairement affiché ? 

 

Je pense qu’on peut être en play-off car quand on voit l’an dernier, on arrive 7e avec une équipe qui était bien donc je pense que cette saison, on a mis des ingrédients qui apporteront beaucoup plus. Ce qui me faisait peur à chaque fois que j’allais aux matchs, c’était cette fébrilité qui faisait que parfois, on manquait des matchs, notamment contre Tarbes ou Chambéry à la maison où ça a été impensable. Là, je pense qu’en reprenant Visser en 2e ligne, en mettant Esteriola au talonnage, Malet en 3e ligne, Bosch à l’ouverture, tu prends Betham et Curtis qui sont quand même deux internationaux et qui ont joué en Pro D2 plusieurs années, tu as Hagan qui revient début Octobre avec nous. On va mixer les jeunes avec tous ces  » vieux « , enfin non, pas vieux car ils ont entre 32 et 34 ans, à part Josh Valentine qui est l’exception qui confirme la règle qui a une quarantaine d’années mais qui rentre avec nous pour consolider les demis de mêlée car il a vraiment encore des qualités de jeu qui sont énormes et il va compléter Barbaste et Nova. C’est également ce qu’on a fait au talonnage en faisant rentrer Esteriola, qui était leader à Béziers et dont le retour au club est très important pour nous, il sera un petit peu le patron de la 1ère ligne et le papa des jeunes que l’on a fait monter comme Gaby Atlan qui a joué un rôle très important l’an dernier car on a besoin d’un talonneur comme ça et ce sont des jeunes qui ont 20 ans ! 

 

On va évoquer le nouveau système d’accession. Ça va être un véritable parcours du combattant pour monter en Pro D2 puisque seul le champion de France monte directement avant qu’il n’y ait l’access-match entre l’avant-dernier de Pro D2. Ça se complique ? 

 

L’an dernier, c’était vraiment l’année pour monter, avec les deux premiers qui accédaient à la Pro D2, c’était vraiment l’année qu’il ne fallait pas manquer. Je pense que ce n’est pas plus mal pour les gars qui sont en Pro D2, c’est comme l’USAP qui s’est sauvé l’an dernier grâce à l’access-match ce qui lui a permis de rebondir. Je pense que l’an prochain, ça va quand même être très, très compliqué car même si tu es dernier de Pro D2, ce sont quand même des budgets qui sont importants avec des clubs qui sont plus ou moins structurés donc ça fait que tu auras quand même une fin de championnat qui va être très, très compliquée pour la seconde place pour monter en Pro D2. 

 

Quel est le mot d’ordre pour cette saison ? 

 

Ça va être des victoires pour renouer car ce qui nous manque à Narbonne, c’est de faire revenir des gens au stade. On est une terre de rugby et il nous manque ça, ce n’était pas trop mal l’an dernier, on a quand même fait une belle moyenne de spectateurs et j’espère que ça sera encore plus l’an prochain; Les 20 à 30% de plus, il me les faut donc, des victoires, du jeu et prendre du plaisir. 

 

Merci et on souhaite une belle saison au RCN

 

Merci à vous et à très bientôt.

Propos recueillis par Loïc Colombié

Article en partenariat avec

Laisser un commentaire