#Rugby – Nationale 2 / Maxime Escur (Graulhet) : «Le vieux en a encore sous la pédale !»

Maxime Escur qui, après de belles saisons au Sporting Club Albigeois, va ouvrir un nouveau chapitre dans le club voisin du SC Graulhetois, dans la pluriactivité et dans un nouveau mode d’appréhension du rugby. Rencontre avec un pilier de devoir, qui malgré la déception de partir de la cité épiscopale et du club jaune et noir, va relever le défi rouge et noir (Nationale 2) avec appétit, plaisir et ambition.

Crédit photo Francois Viot

 

Après 4 belles saisons à Albi, tu as décidé d’aller à Graulhet, chez les voisins pluriactifs qui évoluent en Nationale 2. Qu’est-ce qui a amené ce choix ?

 

Je voulais arrêter ma carrière au vu de la façon dont j’ai été traité sur la fin, cela m’avait dégoûté du rugby , mais finir une carrière de la plus moche des façons n’est finalement pas ce que je souhaitais et méritais. Graulhet m’avait déjà contacté depuis un petit moment et de ce qu’ils m’ont dit du club, comment cela se passait, cela m’a attiré, un nouveau challenge s’ouvrait a moi et je pense que c’était l’occasion qui a fait le larron comme on dit. C’est donc pour ça que je vais rechausser les crampons au moins un an de plus.

 

Pendant que tu étais pro à Albi, tu bossais déjà un peu à côté mais là, tu vas vraiment purement plonger dans la pluriactivité ?

 

J’ai une entreprise à côté que j’ai créée il y a quasiment deux ans qui ne me prenait énormément d’énergie car, quand on est pro au rugby, il est compliqué de gérer deux choses en même temps. Là, du coup, ça va me laisser un peu plus de place pour mon activité et je vais prendre un petit travail à mi-temps à côté, je ne sais pas encore trop dans quoi . A la base, je suis dans la boucherie mais je suis ouvert à tout donc pourquoi pas découvrir un peu un autre métier, ou quelque chose comme ça, à mi-temps et derrière, j’aurai le complément du rugby. Avec trois entraînements par semaine plus les matchs, ça va me faire revenir un peu à la réalité et à ce qu’est vraiment le rugby.

 

Graulhet est souvent décrit comme un club famille et convivial mais aussi comme un club qui commence maintenant à être un peu ambitieux avec ce nouveau projet de Nationale 2 où les Graulhetois sont en train de s’installer ?

 

Oui, clairement. Je suis souvent allé les voir pendant la saison, sans savoir bien sûr que j’allais là-bas, mais quand je regardais les joueurs et le reste de loin, on voit que c’est structuré et familial. On voit qu’ils se battent les uns pour les autres sur le terrain, on voit qu’ils font avec les moyens qu’ils ont et c’est ça qui est bien. Ce n’est même plus de l’amitié, ça a vraiment l’air d’être une famille et j’ai vraiment hâte d’arriver là-bas pour faire mes premiers matchs. 

 

Kevin Boulogne, qui était parti en éclaireur, a dû te dire tout le bien qu’il pensait de Graulhet ?

 

J’en ai un peu parlé avec Kevin sur la fin de saison, quand j’étais à Albi, mais c’est pareil, je n’avais pas du tout de contact avec Graulhet et c’est venu comme ça, naturellement, en en parlant avec lui. Il ne m’en a dit que du bien, ils font au mieux pour que les joueurs soient bien, que leurs femmes soient bien, que les familles se sentent bien dans le club. Ils font tout pour qu’on soit bien tous les jours dans notre milieu.

 

Après une longue carrière pro, tu avais aussi un peu besoin de ça, de ce côté un peu famille ?

 

Oui, j’avais besoin de retrouver ça. Le rugby pro, c’est bien et tu rêves de faire ça quand tu es jeune, moi, franchement, je n’ai jamais rêvé de faire ça, ça m’est tombé dessus comme ça et on va dire que c’est de la chance que j’ai eu. Je suis fier d’avoir fait toutes ces années mais ça a une fin je le redis, je ne me sentais finalement pas à arrêter comme ça du jour du lendemain sans que ce soit moi qui le décide, ça, c’est clair, c’est donc pour ça que je continue. Au final, ça n’est que mieux car je vais vraiment retrouver les vraies valeurs et le respect sur mes dernières années et je pense que c’est ce qu’il me fallait car te faire miroiter des choses chaque semaine, tous les week-end et ne pas t’y tenir, ce n’est pas top, ce ne sont pas les valeurs dans lesquelles je me retrouve. C’est donc désormais de la sérénité et de la bienveillance que je recherche.

 

Quels ont été les mots de Renaud Martinet et de Jérôme Montbroussous, les deux co-présidents, ou de Jean-Christophe Bacca qui t’ont fait basculer du côté de Graulhet ?

 

C’est comme partout, quand tu veux signer quelque part ou que tu signes quelque part,, c’est toujours tout beau et tout rose. J’ai écouté ce qu’ils m’ont dit, le projet m’a parlé, je me retrouvais là-dedans. J’ avais quand même parlé longuement avec ma femme , à savoir si je continuais ou si j’arrêtais. À ce moment là, je ne savais pas trop ce que je voulais puis elle m’a rassuré ainsi que les présidents, c’est toujours bien d’entendre ce que les présidents mettent en structure. Là, on voit quand même qu’ils ont fait de gros, gros efforts pour l’année prochaine donc à partir de là, c’était fait dans ma tête. Ils m’ont convaincu et rassuré donc let’s go.

 

Tout s’est passé très vite : tu quittes Albi et tu signes deux jours après à Graulhet et le lendemain de ta signature, tu reçois un appel de club de Pro D2 (Dax). Tu aurais aussi pu faire un dernier challenge en Pro D2 mais tu as préféré signer à Graulhet, c’est quand même signe que tu crois au projet graulhetois ?

 

C’est ça, je vois Graulhet le mercredi et je crois que c’est le lendemain matin que j’ai un appel d’un club de Pro D2. Je suis resté un peu bête, pas bête parce-que j’étais déçu, je n’en étais pas au point d’appeler Graulhet et de dire  » écoute, on peut faire quelque chose car j’ai un club au-dessus ? « . Non, ça ne m’intéressait pas du tout, je voulais vraiment couper de ce monde de pros qui, pour moi, est un peu pourri maintenant, il faut dire ce qui est donc j’ai 0 regret. C’est justement une fierté, je suis vraiment très fier qu’ils m’aient appelé mais je ne regrette pas du tout d’avoir refusé et il est clair que je donnerai tout pour Graulhet l’année prochaine. 

 

Au moins, ça prouve que  » le vieux  » n’était pas encore rouillé ?

 

Non, il n’est pas encore rouillé bien qu’on ait pu me dire cela. Ce sera une revanche en plus pour moi, le vieux en a encore sous la pédale !

 

On va maintenant parler de ton arrivée à Albi en 2019. Ça aura quand même été un club qui a compté pour toi ?

 

Oui, énormément. J’étais à Tarbes, un club où je me sentais très bien même si je n’ai fait qu’un an là-bas, et qui voulait me prolonger trois années de plus quand Arnaud Méla m’a appelé pour venir à Albi. Le choix a quand même été assez compliqué car ils se sont quand même alignés par rapport à Tarbes pour me proposer trois ans de contrat de suite pour vraiment que j’aille là-bas. Je me suis dit  » Tarbes est un très beau club mais c’est vrai que le projet avec Albi m’a un peu plus attiré à ce moment là. Je savais qu’Albi était très bien structuré avec une possibilité plus proche de monter en Pro D2 avec son effectif et le reste. C’est pour ça que j’ai fait ce pari de rejoindre Arnaud quand il m’a appelé.

 

Cette première année avec Arnaud Méla est celle qui s’arrête avec le confinement. C’est peut-être ton plus gros regret car cette année-là, vous étiez vraiment calibrés pour monter ?

 

En effet, cette année du confinement nous a un peu eus. C’est comme ça, c’est la vie mais moi, j’aurai aimé finir à Albi, finir ma carrière avec une montée en Pro D2 même si je ne jouais pas ou que je n’étais plus là l’année de Pro D2. Mon rêve était de faire monter Albi en Pro D2 car ça fait des années que j’ai joué Albi quand j’étais à Aurillac et c’est un club qui m’a toujours plu, de plus, je ne suis pas loin de chez moi. Je pars quand même avec de gros, gros regrets.

 

Il y a une image que l’on retiendra de toi à Albi, c’est cet essai de la rage contre Bourg-en-Bresse en 2021, quand Albi perd ce match. A un moment donné, on te voit prendre le ballon, traverser le terrain comme un ailier et on a senti toute la rage et la frustration que tu avais en toi sur cet essai ?

 

Je réagis souvent comme ça. Je rêve d’Albi en Pro D2 et pour moi, c’est un échec car je n’ai pas réussi à le faire. C’est une rage que j’avais et cette rage, je l’avais à chaque fois que j’allais sur le terrain avec Albi. Je n’ai pas toujours été le meilleur, j’ai parfois fait de mauvais matchs comme tout le monde mais je donnais le meilleur à chaque fois que j’y allais.

 

Ce match de Mai 2021 vient aussi ponctuer une ère, celle d’Arnaud Méla et d’un groupe de copains qui s’est ensuite complètement disloqué ?

 

Oui, c’est un groupe qui a complètement explosé après. On était des mecs qui s’entendaient très bien, des choix de faire du » ménage  » ont été fait , ça faisait des années et des années que c’était le même groupe constitué en grande partie par Arnaud Méla, mais au changement de staff, ils ont voulu changer cela. Ça a quand même été dommage car je pense que ça a fait un petit tournant parce-que les mecs se connaissaient et je pense qu’on aurait pu continuer a faire de belles choses ensemble. Cela aura été une nouvelle ère et a amené un peu de fraîcheur malgré tout avec ce tout nouveau groupe dans lequel je me suis fait quelques amis.

 

Un mot sur tes 2 dernières années à Albi avec Mathieu Bonello où ça été une nouvelle histoire avec un nouveau groupe ?

 

Ça a été une autre façon. C’est son management à lui, je ne sais pas trop quoi te dire sur ça, c’est sa vision des choses. C’était totalement différent avec Arnaud, on avait quand même un peu plus de liberté et surtout tout était toujours dit en toute transparence et entre quatre yeux que ce soit bon ou mauvais, toujours dans l’honnêteté et le respect.

 

Tu aurais aimé faire une année de plus à Albi pour boucler la boucle ?

 

Oui, carrément ! Je l’ai dit, que ce soit aux dirigeants, entraîneurs ou autres, je leur avais clairement dit que je voulais faire encore un an avec Albi, que je voulais vraiment finir une année de plus et que ça se stopperait après pour moi. Je ne veux pas non plus tirer sur la corde et me retrouver fracassé de tous les côtés à 40 ou 45 ans. Là, je sais que j’ai les moyens pour donc je me sentais vraiment capable, même si ça montait cette année, je me sentais capable de faire une saison en Pro D2, il n’y avait aucun problème. Ils ne m’ont pas fait confiance, et ont préférait me faire partir par la petite porte, tant pis pour moi et pour eux on va dire.

 

Il y a une chose qui restera à Albi, ce sont les bénévoles et les supporters qui sont autour de vous. On sait que pour tous les joueurs qui passent à Albi, ces bénévoles sont une 2e famille ?

 

Totalement et ce qui me fait le plus mal, c’est d’être parti d’Albi sans leur avoir dit au-revoir sur le terrain. J’ai quand même fait mon dernier match sans le savoir et du coup, quand j’ai su que je ne restais pas à Albi, j’ai contacté Francine des bénévoles ainsi que Jeff et je leur ai transmis un message pour qu’ils le fassent passer à tous les bénévoles. C’était le mercredi et le vendredi, ils m’ont dit  » écoute, on est tous au Stadium, si tu veux venir, c’est avec plaisir  » et du coup, j’y suis allé pour voir tous les bénévoles et vraiment leur dire au-revoir même si ça n’était pas comme j’aurais voulu. Ca m’a vraiment beaucoup touché car il y a quand même des bénévoles qui ont pleuré et je ne m’attendais pas du tout à ça, c’est quelque chose qui m’a vraiment marqué. Ces bénévoles méritent beaucoup mieux que ça et je trouve qu’ ils ne sont pas assez mis en avant. Ils ont vraiment de la chance de les avoir.

 

Quels est ton meilleur et ton pire souvenir à Albi ?

 

Je n’en ai malheureusement pas vraiment de plus beau. Pour le pire, on va dire que ça a été cette demi-finale contre Massy car je pense qu’on avait assez d’avance. Je vais même dire deux car il y a aussi la demi-finale de cette année car quand tu prends 20 points en 1ère mi-temps chez toi à la maison, je trouve ça un peu inadmissible mais il y a des choix qui ont été faits et c’est comme ça.

 

On va revenir sur cette demi-finale aller contre Valence-Romans où tout le monde s’est demandé où était passé le Sporting. On a eu l’impression sur cette 1ère période qu’il y avait eu une panne d’essence ou un souci et que le Sporting n’était pas là, qu’il avait la tête ailleurs ?

 

Tu es à la maison, tu as tes supporters, c’est blindé et inconsciemment, tu te dis que tu es un peu tranquille et que ça va passer mais au final, non, pas du tout. Ils veulent autant monter que toi donc si tu n’es pas à 300%, ça ne passe pas. Le problème, c’est que je pense qu’on était dans ce focus-là en 1ère mi-temps où on s’est dit  » ça va passer, ça va être tranquille, même si on ne gagne pas de beaucoup, ça passera  » sauf qu’on s’est clairement fait rouler dessus. Il y a un peu eu ce regain en seconde mi-temps mais c’était trop tard. 

 

Quel est ton objectif à Graulhet ? Amener de l’expérience à cette équipe qui est assez jeune ?

 

Je n’arrive pas du tout en terrain conquis ou quoi que ce soit, il y a de supers joueurs. De toute façon, ce qui fera le truc de l’équipe sur toute la saison, c’est le collectif, il n’y aura pas à se tirer dans les pattes ou autres. Il faut créer un super groupe de potes, je pense qu’ils l’ont déjà, il y a quelques mecs qui arrivent que je connais pour la plupart et ce sont de bons mecs, je pense que c’est ça qui va faire un petit plus. L’objectif avec Graulhet sera de se maintenir le plus vite possible et on verra après, pour l’instant, on ne se met pas d’objectif ou quoi que ce soit, on va juste se dire le maintien quand même et on verra ensuite ce qu’il en est. 

 

On va évoquer la poule avec des clubs que tu connais plus ou moins et une poule qui va être assez costaud. Je pense que la date que tu vas cocher est celle quand Niort viendra à Graulhet ou que Graulhet ira à Niort car il y a quand même trois anciens albigeois, trois anciens copains (Jérémy Russell, Quentin Pilet et Leka Tago Tago), qui jouent là-bas ?

 

Oui, ce sont de bons mecs et ça va bien se passer (rires), c’est toujours cool de jouer contre des mecs avec qui tu jouais avant. Le cocher, non, pas plus que ça sinon pour les revoir, c’est le rugby, c’est le sport et on se boira une bière ensemble. 

 

Merci et bonne saison avec le Sporting Club Graulhetois

 

Avec plaisir.

Propos recueillis par Loïc Colombié

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