Premiers de poule, puis accédants à la fédérale 1, les rouges et noirs Gaillacois font une belle vendange de bonheur en ce printemps 2023. Après avoir éliminé Frejus – Saint Raphael et Balma, voici que l’UAG a passé l’obstacle Saint Jean en Royans le week-end dernier à Agde lors des 1/4 de finale de fédérale 2. Voilà donc la cité viticole tarnaise à deux matchs titre qui viendrait parachever une saison extraordinaire construite autour d’un groupe savant amalgame de jeunesse et d’expérience. A quelques jours de la 1/2 finale face à Rieumes, l’un des principaux architectes de cette réussite sportive et humaine nous a accordé un entretien. En effet, Jérémy Raffanel, le manager de Gaillac est revenu sur la genèse de cette aventure, sur la construction de ce groupe, sur le soutien inconditionnel du peuple rouge et noir et bien entendu sur les échéances qui attendent ses gars qui pourrait faire de ce mois de juin une apothéose de l’histoire de ce club si atypique. Car dimanche à Grenade, l’ovalie tarnaise aura les yeux rivés sur son dernier représentant à l’échelle nationale et sur cette épopée où l’humain et la camaraderie furent le ciment des résultats sportifs de l’UAG.

Pour cette première saison à la tête de l’UAG, on peut dire que c’est une saison de rêve car vous cochez toutes les cases ?
Elles ne sont pas toutes cochées, il en reste au moins une. Sur l’objectif du club, on est bons, sur la réussite du groupe, on est bons, sur l’ambiance et la structuration du club que l’on met petit à petit en place, on est bons et pour le reste, je pense que les joueurs, le staff et l’ensemble du club aimeraient aller jusqu’au bout.

Quels ont été les éléments, les leviers et les ateliers que tu as mis en place à ton arrivée pour que le groupe parvienne à maturité au printemps ?
Premièrement, ça a été d’abattre les cartes c’est à dire qu’il fallait que l’on ait des joueurs qui reprennent confiance en eux. Il y a eu un changement complet de staff, l’arrivée de nouveaux joueurs issus du niveau supérieur mais certains joueurs avaient besoin de reprendre confiance en eux donc, avec le staff, on a décidé de faire quand même pas mal de turn-over toute la saison pour ne griller les mecs et instaurer une dynamique de groupe sur 30 / 35 joueurs. Ça nous réussit en fin de saison, on a des mecs qui ont été plutôt performants physiquement en phases finales et on a beaucoup bossé tactiquement mais les mecs avaient envie de travailler donc c’est toujours plaisant.

Tu nous parles un peu des gars qui t’accompagnent dans le staff et de l’architecture de ce dernier ?
On a Eric Goze qui entraîne les 3/4, Rémy Castille qui fait un gros boulot un peu dans l’ombre mais qui est un technicien très important pour nous, Laurent Perillous et Pascal Salles qui entraînent les espoirs mais comme on a beaucoup fonctionné avec les espoirs, ils ont en fait aussi coaché les mecs de la première. C’est donc un staff à 5 entraîneurs auquel je rajoute forcément tous les bénévoles ainsi que les administratifs comme Julien qui nous a aidé toute la saison sur cette partie et sur la conduite des matchs. C’est un staff qui bosse, qui a envie de réussir et ça marche.

On va dire que les phases régulières ont été » aisées » pour Gaillac puisque vous avez fini premiers haut la main. Il a ensuite fallu basculer dans la fournaise des play-off et là, ça n’a pas été si simple avec entre autres ce premier match à Fréjus-Saint Raphaël où vous vous êtes un peu fait attraper au coin du bois ?
On n’avait pas l’habitude de jouer des équipes comme ça, cette année, dans notre poule, on a eu l’habitude de beaucoup d’agressivité, c’était une poule très agressive où il n’y avait pas de gros gabarits et qui arrivait à mettre du jeu. On s’est frotté à des équipes de l’Est avec des mecs qui nous rendaient 20 kilos et 20 centimètres et avec un fond de jeu mais notre état d’esprit combatif acquis pendant les phases régulières nous sert aussi pendant les phases finales.

Le match contre Balma a été le match couperet pour savoir si vous montiez en Fédérale 1. On savait qu’à Gaillac, vous butiez depuis quelques saisons sur cette dernière marche pour monter en Fédérale 1 et, sur le match retour, on a senti de la sérénité en début de match suivie d’une pression une fois que vous n’étiez pas si loin que ça d’avoir ce Graal. A ce moment-là, on a senti que le groupe avait quand même pris la pression ?
C’est toujours pareil. Tout le monde connaît l’histoire du club, les joueurs l’avaient forcément dans un coin de la tête et du coup, tu arrives sur le match couperet qui valide ta saison ou non. En fait, quand on gagne le match aller à Balma, on gagne de deux points à la fin, j’en ai parlé toute la semaine avec des copains à moi qui sont entraîneurs et j’avais fait le constat que j’aurais presque voulu que l’on perde de deux points pour qu’on ait justement l’envie de gagner ce match. Ils ne m’ont franchement pas déçu là-dessus, il y a eu une fin de match compliquée car Balma qui fait le dos rond mais qui a de grosses ressources physiques avec des mecs qui se proposent tout le temps dans le jeu et on savait que la fin de match allait être difficile pour nous contre eux. Les mecs n’ont rien lâché et c’est ça les phases finales, on n’est pas forcément supérieurs en termes de jeu par contre, en termes d’état d’esprit, je n’ai pas encore vu une équipe qui était au-dessus.

Chapeau aussi aux supporters car, où vous que vous alliez, il y a une marée rouge et noire qui débarque et quand c’est à Laborie, c’est incandescent ?
Oui (rires). Ce club est incroyable, l’engouement qu’il y a, la ferveur, les mecs qu’il arrive à drainer, c’est incroyable. On a eu des supporters sur chaque déplacement, tous, et même des mecs qui font tous les matchs et en fait, ils font partie de notre équipe. Moi, j’ai plaisir d’aller voir des parents de joueurs en fin de match, je pense notamment au père de Théo Aussibal qui est là à tous les matchs, qui nous supporte, qui est tout le temps en train de nous donner du positif. Il est forcément à l’image de plein d’autres et ça fait du bien au moral des joueurs, du staff et du club. Concernant Laborie, quand tu fais presque 3 000 personnes au stade … J’ai le souvenir cette année d’une recrue que j’avais fait venir pour un match de phases finales en lui disant » écoute, viens voir ce que c’est Gaillac et on parlera ensuite d’une possible signature chez nous « . Il est resté en fin de match et je lui ai demandé » alors ? « , il m’a répondu » je suis rentré dans la stade, j’ai eu des frissons » donc, on avait tout gagné. C’est un peu ça à savoir une grosse ferveur, des mecs qui suivent et c’est forcément plus qu’un 16e homme.

Tu nous parles de ce quart de finale face à Saint-Jean en Royans, le club qui, au tour précédent, avait fait chuter l’épouvantail Montmélian ?
Oui, incroyable. Personne ne donnait cher de la peau de Saint-Jean en Royan, ils arrivent à faire le match parfait à l’aller chez eux contre Montmélian, heureusement avec beaucoup de réussite mais aussi avec beaucoup d’engagement. Au match retour, ils arrivent tant bien que mal à tenir le score et à passer donc on savait que c’était quand même une équipe qui avait des ressources de jeu avec beaucoup d’anciens professionnels qui avaient fait leurs armes, que l’on connaissait et qui, en fait, sont capables de faire basculer une rencontre à eux seuls. On s’attendait vraiment à un gros match, ils avaient en plus éliminé Millau sur les rencontres précédentes et je trouvais que c’était une équipe vraiment complète et qui, quand elle l’avait décidé, était franchement très compliquée à jouer. Nous, on avait quand même ciblé pas mal de points faibles sur cette équipe, notamment leur conquête et leur attaque était un peu lisible donc on avait mis l’accent sur notre défense. Si on avait une défense propre en contre, ils étaient un peu défaillants et c’est exactement ce qu’il s’est passé à savoir qu’on n’a pas beaucoup eu de ballons dans la partie, qu’on a franchement défendu proprement et avec rudesse, il y a eu je ne sais pas combien de plaquages offensifs mais ça piquait vraiment. On a marqué en contre, on a tenu le score toute la partie et eux n’ont pas eu, je pense, les ressources mentales pour aller chercher cette demie.

Cette demie est un choc fratricide entre clubs occitans et clubs qui se connaissent bien. Danger ?
J’ai envie de te dire que maintenant, toutes les rencontres sont difficiles. Le danger est qu’on se connaisse, qu’ils connaissent un peu notre style de jeu mais a contrario, on connaît aussi un peu le leur donc je pense que c’est une demi-finale qui va encore une fois se jouer sur l’envie et sur l’investissement des mecs mais aussi sur la chance.

S’arrêter à une marche du planchot serait quand même une grosse désillusion pour Gaillac ?
Franchement, je ne sais pas ce qu’il vaut le mieux entre perdre en demie ou en finale, je n’en sais rien. En tous cas, toutes les équipes ont maintenant envie d’aller chercher le bout de bois, si tu perds en demie, c’est regrettable, si tu perds en finale, c’est peut-être encore plus triste, je n’en sais rien.

En tous cas, vous avez envie d’aller le chercher ce bout de bois entre autres pour Olivier Gisquet et Julien Vello ?
Oui, entre autres car ce sont des gars du club notamment Olive qui ne connaît que Gaillac, Julien est un Albigeois qui a fait un petit passage par Albi mais qui a fait l’intégralité de sa carrière senior à Gaillac. En plus d’être de bons joueurs, ce sont des bonhommes c’est à dire qu’ils sont vraiment implantés dans le paysage gaillacois et on se devait pour eux de finir correctement la saison, de monter est déjà un beau cadeau et maintenant, si on peut aller chercher le titre pour eux, ça serait énorme. Olivier, qu’on a en capitaine, n’a eu de cesse de le répéter durant ces phases finales à savoir qu’il voulait partir sur un titre.

Pour toi, en même temps que tu t’occupes de ces phases finales, il y a aussi un boulot à faire en trame de fond à savoir préparer la saison prochaine en Fédérale 1 car il va falloir s’armer pour résister à cette division ?
Pour tout te dire, on a quand même commencé le recrutement en Février donc on avait anticipé un peu la chose. Ce n’est jamais aisé car tu ne promets rien du tout à des joueurs, c’est à dire que tu ne leur promets pas la Fédérale 1 ni la Fédérale 2 donc il y a certains joueurs qui étaient peut-être un peu réticents à signer en Fédérale 2, ça s’est un peu accéléré dès qu’on a su qu’on montait en Fédérale 1. Là, c’est un peu rude niveau rugby, on est vraiment en train de faire un gros boulot sur la formation aussi avec Rémy Castille qui va passer responsable du pôle jeunes. Il fait franchement un boulot vraiment énorme, il est en train de restructurer toute notre formation et de mettre en place des choses vraiment sérieuses. Il y a donc ça un peu à gérer, les recrues et puis cette fin de saison, les analyses de matchs de l’adversaire ainsi que les entraînements donc rude fin de saison en termes de fin de saison, je t’avoue qu’à la maison, ma femme commence à me dire que les vacances lui tardent (rires). Mais en fait, ce sont les meilleurs moments et je pense que quand tu as les moyens de pouvoir recruter, je ne parle pas de moyens financiers mais de moyens humains et sportifs pour pouvoir être attrayant pour certains joueurs, c’est génial car tu fais à peu près les recrues que tu as envie de faire. Quand tu participes aux phases finales, c’est bonnard, on est comme des gamins qui jouent le meilleur jeu du monde, c’est du boulot mais on se régale là-dedans.

Est-ce que pour toi, c’est ta plus belle saison en tant qu’entraîneur ?
Je suis tout jeune entraîneur, c’est ma 3e saison. J’ai quand même aussi eu de la réussite à Millau et c’était également gratifiant mais là, je suis lâché dans la cour des grands avec de la réussite et l’investissement que j’ai pu y mettre qui paye. La fierté que j’ai avant tout, c’est d’avoir créé ce groupe de mecs qui ne se lâchent pas, je suis fier de ça et fier du club. Je pense que je ne me suis pas trompé, quand j’ai arrêté ma carrière de joueur, j’avais dans mon esprit le fait de vouloir entraîner et d’avoir cette place que j’ai à l’heure actuelle. Franchement, je ne regrette rien.

Merci et on te souhaite une fin de saison en apothéose
Merci, je l’espère.


Propos recueillis par Loïc Colombié

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