Interview croisée avec les deux coaches du Stade Langonnais , Christophe Hamacek et Romain Cabannes qui viennent de porter les girondins en Nationale 2 avant d’affronter Valence d’Agen en finale de fédérale 1, ce dimanche à Auch. Focus sur deux personnages hauts en couleurs qui vivent le rugby avec une philosophie bien ancrée et une passion indéboulonnable.

On va revenir à la genèse et au début de cette aventure à Langon. Comment est-ce que le duo Christophe Hamacek / Laurent Cabannes s’est formé ?
CH : Assez simplement car aucun de nous deux n’avait de club. Langon cherchait un duo d’entraîneurs et je crois que c’est par l’intermédiaire de Titi, le frère de Romain, qui me l’a dit à moi puis à Romain avant que Langon ne nous contacte et qu’on accepte.

RC : C’est un peu ça. Christophe avait été approché par le Stade Langonnais pour être manager et ils cherchaient aussi un entraîneur des 3/4. Mon frère m’a dit » Christophe est intéressé par le projet de Langon et il cherche un entraîneur des 3/4 avec lui « , je ne connaissais pas Christophe personnellement mais il avait travaillé 4 ans avec mon frère aîné donc j’avais quand même de bons sons de cloche. Je me suis lancé car j’avais envie d’entraîner des seniors, je n’ai entraîné que des jeunes depuis que je suis entraîneur, c’est vrai qu’entraîner des seniors était un défi qui m’attirait et je suis très content d’être à Langon.

Qu’est-ce qui vous a plu à tous les deux dans ce projet langonnais ?
RC : Comme tous ces clubs de Fédérale, c’est avant tout un club avec des présidents qui donnent de leur temps sans compter, des dirigeants bénévoles qui sont toujours là et qui donnent tellement d’amour pour un club que dès que toi tu es au milieu, tu as envie de t’investir à 200%. Pour ma part, j’avais aussi le bénéfice d’être proche de Mont-de-Marsan ce qui fait que j’ai pu continuer à y vivre avec ma famille et continuer ma passion d’entraîneur à Langon, c’était donc un bon mixte. Tout ça fait qu’aujourd’hui, on est très épanouis.

CH : Je dirais la même chose que Romain, ce qui nous fait vibrer, c’est l’aventure, j’ai d’ailleurs dit aux joueurs que quel que soit le niveau, on pouvait vivre de très belles aventures que seul le sport peut nous permettre de vivre. En début de saison, le challenge a très vite été de construire une équipe, c’est là que moi, j’aime manager et avoir un objectif commun qui était de se qualifier puis de finir premier et ensuite aller le plus loin possible. A ce jour, on a rempli nos objectifs avec un groupe qui, maintenant, joue bien au rugby et un état d’esprit qui est extraordinaire.

On sait que vous êtes deux compétiteurs mais est-ce que vous pensiez en début de saison faire une si belle épopée humaine et sportive ?
CH : C’est de toute façon l’objectif donc après, tu es bien obligé de créer les conditions pour motiver les mecs. Je dis souvent que la motivation est un produit qui se fabrique donc comment motiver les mecs et comment leur faire jouer un rugby efficace, ambitieux et qui gagnent en Fédérale 1 ? On savait qu’on avait quelques bons joueurs et ensuite, les mecs se sont retrouvés dans le contenu qu’on a mis à l’entraînement. Ça a matché très, très vite car je crois qu’on a très tôt été le premier de la poule et on y est resté très longtemps.

RC : Je n’avais pas beaucoup de doutes sur l’épopée humaine car Christophe est très attaché à ça, ça a toujours été très prégnant dans son discours. Dans ces divisions-là, ce sont quand même souvent des joueurs ou des équipes qui se connaissent depuis très longtemps, qui aiment un club et une ville donc il y a un super état d’esprit. La difficulté a été l’épopée sportive car dans ces divisions, l’humain prend parfois le pas sur le sportif et les mecs pensent plus à s’amuser et à boire un coup entre eux qu’à s’entraîner et à être exigeants. La difficulté a donc été pour nous de garder ce côté état d’esprit, bon enfant, s’amuser, être enthousiastes tout en mettant un minimum de rigueur pour être performants. Ça a notamment été le défi de Christophe, c’est sa grande qualité de manager et aujourd’hui, notre plus grande fierté est d’avoir construit ça.

A quel moment de la saison avez-vous senti le match clé, la période charnière où vous vous êtes dit » cette équipe a le coffre et le karma pour aller au bout de nos rêves et de nos ambitions » ?
RC : Pour moi, c’est quand on va gagner à Salles qui nous avait mis un gros coup de frein à l’aller en venant gagner chez nous alors qu’on avait tous les voyants au vert. C’est un promu qui a eu du mal en début de saison, qui s’est construit un super collectif et c’est vrai qu’on a eu un match retour là-bas qui était un peu le vrai test de savoir si on avait progressé. On fait notre match référence et souvent, dans nos discours, on a essayé de dire aux joueurs que le match qu’on avait su sortir à Salles n’était pas un exploit, qu’ils l’avaient en eux et qu’il fallait réussir à le rééditer. J’ai envie de dire que c’est encore contre Salles lors de la demi qu’on a fait notre match le plus abouti et on espère maintenant récidiver ce dimanche.

CH : A partir du moment où les mecs ont compris que la défense était notre meilleure amie, j’ai su qu’on pouvait faire quelque chose. Là aussi, ça a été très, très vite en termes d’objectif, on doit avoir la meilleure défense de la poule et du championnat, on n’accepte pas de prendre un essai ni même de laisser des miettes à un adversaire. Quand on a vu que les gars adhéraient à ce projet, je sais par expérience que quand tu as une très, très bonne défense comme c’est le cas actuellement, tu peux être ambitieux. Il y a eu ça mais aussi des matchs comme à Nantes, et pour moi, Nantes est peut-être vraiment le plus gros effectif de Fédérale 1, où on perd à la dernière minute en prenant un essai et j’ai su ce jour-là qu’on pouvait rivaliser avec toutes les équipes. Maintenant, ce qui fait le petit plus, c’est l’état d’esprit mais c’était à nous de l’instaurer tout en mettant des règles et ça n’a pas été facile pour tout le monde car Langon était un bon petit club festif qui se satisfaisait d’une qualification, ou pas même, chaque année. Le point commun que l’on a avec Romain, c’est qu’on déteste perdre et quand tu détestes perdre, tu n’as qu’un objectif, c’est gagner et donc, comment gagner et comment être efficace.

On parle du premier objectif, la Nationale 2 qui est passée par des matchs face à la massive équipe de Saint-Denis et à l’armada du Servette Genève. Cette histoire n’a pas été une sinécure ?
CH : Non, ça n’était pas simple du tout (rires). Les gars de Saint-Denis ont vraiment été supers, des athlètes, des gars costauds, capables de casser la ligne, rugby et peut-être qu’il leur manquait juste un peu de collectif par rapport à nous. Quant à Genève, c’était très, très solide mais très lisible c’est à dire que c’était puissant et que ça tapait fort. Je pense que ça leur a suffi toute la saison mais à partir du moment où tu ne te sors pas en face et que tu fais des plaquages offensifs, ça a été compliqué pour eux parce qu’ils ne pouvaient pas faire autre chose, en tous cas chez nous à Comberlin à Langon. Quand on les a mis sur le reculoir, ça a ensuite été facile pour nous et ça donne un 1/4 de finale magnifique car à 10 minutes de la fin, on sait déjà qu’on est en demi. La fête a été extraordinaire, je crois qu’il y avait plus de 3 000 personnes au stade ce qui nous a permis de vivre un 1/4 de finale magnifique avec une grande cohésion avec le public.

RC : Les phases finales ont été difficiles à aborder puisque tu croises des équipes que tu n’as pas jouées de la saison et surtout avec un rugby totalement différent. On était dans la poule du Sud-Ouest avec des équipes qui, on va dire, étaient moins costaudes mais qui jouaient très bien au rugby. Si je parle de Mauléon, Peyrehorade, Oloron, on a joué de très beaux matchs de rugby avec des équipes qui ont quand même dominé sur le plan athlétique et on s’est retrouvé en phases finales à jouer Saint-Denis et Genève où, quand on sortait de l’échauffement, on était désagréablement surpris de voir qu’ils étaient plus grands, plus costauds et plus lourds. Forcément, tu n’es pas habitué à ce rugby-là, sans parler de crainte et on a eu un peu peur sur les matchs aller où je trouve qu’on a été un peu timorés par l’enjeu et qu’on n’a pas réellement montré nos qualités. Par contre, comme le disait Christophe, il voulait absolument que l’on soit premier des phases régulières ce qui nous a permis de recevoir les matchs retour à Comberlin et sur les 2 matchs du barrage et du quart, c’est vrai que le match retour à Comberlin avec l’appui du public et des familles des joueurs, ce supplément d’âme nous a permis de nous qualifier et de faire de gros matchs.

On va maintenant parler de cette demi-finale face à Salles qui a sûrement été l’un des summums de votre saison puisque c’est le club voisin et rival. Ça c’est joué à Bordeaux avec, pour l’un, un ami qui était manager et pour l’autre, le frangin ?
CH : C’est ça et c’était extraordinaire. Je pense que c’est pour ça qu’il y a beaucoup de respect par rapport à cette équipe de Salles mais ils jouent aussi un rugby extraordinaire. Je pense que nous, on est plus solides devant et peut-être un peu plus armés dans la conquête mais derrière, dès qu’il y a un peu de mouvement et qu’ils arrivent à mettre de la vitesse, ils sont sacrément dangereux. Ca a fait une très, très belle demi-finale, bien sûr que nous sommes très, très heureux d’être allés au bout mais à la fin, je disais aussi que j’étais très triste pour Titi que j’aime beaucoup et qui est un super entraîneur. D’ailleurs, les deux équipes s’étaient affrontées en début de saison en match amical et on pleurait car c’était quand même plutôt médiocre en termes de contenu (rires) mais elles ont toutes les deux progressé de manière énorme toute la saison. On se ressemble en termes de jeu mais on a des qualités de joueurs différentes qu’on exploite pour, tout simplement, être le plus efficace possible.

RC : Moi, je dirai que c’était une magnifique fête avec, en plus, deux clubs qui ont su jouer leur meilleur rugby sur le match le plus important de la saison. On va dire qu’on a montré nos points forts, on a été un peu supérieurs en conquête en 1ère mi-temps, eux ont été supérieurs sur la fin de match quand ils se sont rebellés et qu’ils ont commencé à contre-attaquer de loin. On finit avec un score étriqué, avec un grand match, 8 essais, une fête totale, un stade plein, des supporters heureux, un état d’esprit fabuleux car il y a quand même 8 essais et 0 carton distribué par les arbitres. Je trouve que ça, c’est une belle image du rugby que de dire qu’on peut être des rivaux, qu’on peut se battre comme des chiens sur un terrain mais qu’il y a un respect immense, respect de la règle, respect de l’adversaire. C’est donc une fête totale même si, forcément, j’ai un peu de tristesse pour mon frère mais je me dis que, malgré tout, il doit avoir le sentiment du travail bien fait. Il a pris une équipe promue de Fédérale 2 qu’il amène en Nationale 2 en 10 mois ce qui est quand même un exploit. Nous, on continue notre route donc, égoïstement, on va penser à nous et on souhaite à notre club de vivre une grande finale et une grande fête pour, espérons-le, un titre de champion de Fédérale 1.

Parlons-en de cette finale face à l’Avenir Valencien. On le sait, une finale n’est belle que si elle est gagnée ?
RC : Forcément et une finale, c’est 50/50. Souvent, les pronostics sont déjoués et pour moi, il n’y a pas d’équipe mieux préparée ou mieux armée pour une finale. Chaque équipe à ses qualités, chaque équipe sera à 300% car dans une finale, tout est mentalement et physiquement décuplé par l’événement et l’environnement autour donc je souhaite que notre équipe joue avec ses qualités. On a vu Valence d’Agen qui est une équipe très costaud, on sait pourquoi ils en sont là, ils avancent très fort et ils ont une très forte conquête mais ça a été un point fort cette saison pour nous aussi. On a hâte de voir nos joueurs à la hauteur de l’événement et remporter le plus grand match qu’ils aient sans doute à jouer dans leur carrière de rugby.

Ce sont aussi le supplément d’âme et la motivation qui feront peut-être pencher la balance d’un côté ou de l’autre ? Il y a un gros travail de prépa mentale motivationnelle à faire en amont de cette finale ?
CH : Oui mais ça fait surtout quelques mois que c’est fait. Je disais aux joueurs qu’on avait semé une petite graine en début de saison en parlant de qualif puis après de 1ère place car je savais qu’en étant premier, tu allais recevoir lors des matchs aller / retour et Dieu sait si ça a eu son importance. Le discours n’a jamais été de monter en Nationale 2, on n’a jamais parlé de ça, on a dit » les gars, il faut aller au bout, on est armé pour aller au bout « , avec tout le respect que l’on a pour les autres équipes, certains jouent très bien mais on s’est préparé. Notre management est sur le comment aller au bout , quel jeu pour aller au bout, qu’est-ce qu’on fait face à cet adversaire et c’est là que c’est passionnant d’être entraîneur de rugby car, comme tu l’as dit, il y a énormément de mental dans la construction d’un groupe ainsi que sur de la stratégie. C’est ce qui nous passionne et, en tous cas, on s’est retrouvé là-dessus avec Romain, sur tout ce travail, sur le travail d’intelligence tactique, celui du jeu en lecture et, en fait, si on a un espace dans les 22 mètres, que ce soit Romain ou moi, on encourage les joueurs à jouer le ballon. C’est ce que j’appelle le rugby du Sud-Ouest qui est pour moi sur de l’intelligence tactique avec 0 restriction.

RC : Depuis le début de la saison, Christophe dit souvent qu’on est en phase. C’est vrai qu’il est un vieux talonneur et moi un jeune 3/4 donc on aurait pu dire que tout nous oppose mais je crois que notre plus grande qualité est que quand on parle rugby, on se comprend. C’est souvent le plus dur quand tu construis un binôme car tu as tes convictions et ta façon d’entraîner et parfois, même si tu te respectes et que tu t’aimes, tu n’as pas forcément la même vision des choses et c’est vrai que ça a été une véritable découverte pour moi que de voir Christophe travailler, je trouve ça tellement fluide de travailler avec lui que je suis tout à fait d’accord avec ce qu’il dit. C’est vrai que de voir Valence d’Agen, Salles, Mazamet, Langon, ces équipes-là bien classées en Fédérale 1 et qui ont déjoué les pronostics d’équipes un peu plus armées en termes d’infrastructures et de moyens mais qui jouent peut-être un rugby un peu restrictif et structuré. Nous, on aime bien le rugby où le joueur sur le terrain a la liberté de prise d’initiative et quand on voit les derniers matchs de nos adversaires, on se rend compte que ce rugby du Sud-Ouest, ce rugby tactique, est un bon rugby et nous, c’est le rugby que l’on prône.

Pendant encore quelques jours, vous êtes focus sur cette finale et dès lundi ou mardi prochain, vous allez basculer sur le nouveau défi qui vous attend l’année prochaine à savoir la redoutable Nationale 2 ?
RC : Moi, je pars en vacances lundi donc ce sera le lundi d’après (rires).

CH : En fait, on l’a anticipé depuis longtemps, tu me connais et tu t’en doutes, c’est à dire qu’à ce jour, le recrutement est bouclé à 90%. C’est un recrutement qu’on a pu faire et mener nous-mêmes, on a pu choisir les joueurs donc ça correspond à ce qu’on veut pratiquer en termes de rugby et d’état d’esprit tout en gardant la quasi-totalité du groupe qui a permis de monter cette année. On va aller en Nationale 2, on n’y pense effectivement pas mais on va vraiment y aller pour exister et porter haut les couleurs de Langon. En tous cas, je suis optimiste pour la saison prochaine.

Comment vous décririez vous l’un l’autre en un mot, Romain sur Christophe et Christophe sur Romain ?
CH : Je ne vais pas te le décrire en un mot mais c’est générosité, compétences. Quant à son plus gros défaut, je vais te dire jaune et noir.

Jaune et noir, ce sont les plus belles couleurs (rires) .
CH : Allez l’albigeois qui le défend (rires) !

RC : Je dirais que Christophe est un vieux jeune ou un jeune vieux. Quand je le voyais, ce n’était pas pour moi quelqu’un qui vivait sur ses acquis mais c’est quelqu’un qui se remet tout le temps en question, toujours au fait de tout ce qu’il se passe dans le rugby actuel. Pour moi, je dirais manager car aujourd’hui, on entend le mot manager partout, j’en ai croisé beaucoup et je trouve que ce mot » manager » est galvaudé. Tout le monde ne peut pas être manager, c’est un vrai rôle à part entière et Christophe, au-delà d’être un grand entraîneur, est surtout un vrai manager. En une saison à son contact, je me rends compte de tout ce qu’il a pu faire, je ne voyais parfois pas où il voulait en venir mais il a toujours un coup d’avance dans ce qu’il veut mettre en place et pour moi, c’est un vrai manager. Quand je le dis, c’est vraiment une grosse qualité et un gros compliment.

CH : Il faut qu’il dise le défaut.

RC : Le défaut, c’est que si je dis jaune et noir, il dira rouge et blanc mais rouge et blanc, c’est aussi Langon donc je ne peux pas le dire donc le défaut c’est : Dacquois (rires).

On vous remercie et on vous félicite pour cette belle saison, surtout pour la philosophie avec laquelle vous appréhendez le rugby.


Propos recueillis par Loïc Colombié

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