Formée à l’ASPTT Albi et aujourd’hui au DFCO, Coline Gouineau se livre dans cet entretien pour le #MagSport. Son histoire avec l’ASPTT, la saison du DFCO, ses performances actuelles, ses ambitions ou encore l’évolution du football féminin, de nombreux sujets sont abordés. Rencontre.
Coline, on va tout d’abord revenir sur ton histoire commune avec l’ASPTT, tu as connu toute ta formation dans le Tarn, quels souvenirs tu en gardes ?
J’en garde que des bons souvenirs. J’ai passé 10 ans à Albi, c’est mon club de cœur. J’ai passé plein de bons moments, toutes ces saisons en D1 où l’on a réussir à se maintenir contre toutes les volontés, de tout le monde, très sincèrement. Chaque saison, tout le monde voulait nous voir descendre. En souvenir, j’ai aussi certains matchs particuliers comme la victoire face à Montpellier qui était inespérée et inattendu, on gagne ce match 2-1, ça nous avait mises à toutes les frissons. Albi restera toujours mon club de cœur, ça restera toujours spécial, quoi qu’il s’y passe, peu importe où elles en sont.
Maintenant que tu as plus de recul, quel regard tu as sur le club Albigeois tant sur le structurel que sur les performances sportives actuelles ?
Ca fait maintenant 1 an que je suis à Dijon, on fait parti d’une structure professionnelle avec une équipe masculine en Ligue 1 et c’est complètement différent d’Albi. C’est forcément plus professionnel, ce sont deux mondes différents. Je nous tire le chapeau avec Albi d’avoir su être en D1 autant d’années avec cette structure. Il y a plein de clubs qui ont une structure plus développée, bien mieux qu’à Albi et c’est pas pour autant qu’elles réussissent en D1 comme on a pu le faire. Ici, à Dijon, l’organisation du club, les installations sportives et le staff qui va avec. Par exemple, à Dijon, on a un kiné présent à chaque entraînement.

Pour quelles raisons tu-as décidé de tenter le challenge dijonnais ?
Ca fait 10 ans que j’étais à Albi donc 5 ans à se battre pour le maintien en D1, j’avais envie de découvrir autre chose et Dijon m’a proposé un challenge qui était de monter en D1 donc j’avais le choix entre une nouvelle saison à Albi en D1 où on allait jouer le maintien ou jouer la montée en D1 avec Dijon. Ils ont réussi à me motiver avec ce projet puis il y avait d’autres choses à côté comme le fait d’avoir la fac dans la même ville que le foot, ça change la vie, faire les allers-retours entre Toulouse et Albi, c’est usant. Au niveau de la qualité de vie, je ne regrette pas du tout d’être partie. Mais ça a été compliqué de partir, je laissais toute ma vie à Albi, je laissais mes amies, je laissais ma famille. C’était un choix compliqué mais je pense avoir fait le bon choix même si certaines personnes me manquent.
Tu as connu la montée la saison passée, ce début de saison a été plutôt réussi mais depuis un petit moment, vous avez dû mal à enchainer. Comment tu l’expliques ?
Au début du championnat, on avait des adversaires à notre portée. Ensuite on a enchaîné les gros matchs avec Lyon, PSG, Paris FC et ça nous a stoppé dans notre élan. Il y a eu des scénarios compliqués, je me souviens notamment Bordeaux. On menait 1-0 et finalement on perd 2-1 dans le temps additionnel. Il y a Fleury aussi, on menait 2-0 et on perd 3-2. Ca nous a mis un coup au moral. Je ne saurai pas expliqué notre niveau actuel. En début de saison, on jouait vraiment bien, les spectateurs, les suiveurs nous félicitaient pour notre qualité de jeu. Après, il ne faut pas s’affoler, c’est normal d’avoir des moments plus difficiles dans une saison puis c’est notre première saison en D1. On était bien parti, on a un coup d’arrêt mais ça va repartir, on travaille en ce sens.
On parlait d’une potentielle 5ème place en début de saison, aujourd’hui vous êtes 9ème à 3 points de la zone de relégation. Comment le groupe réagit face à ce changement d’objectif ?
On savait très bien, en début de saison, qu’on allait jouer le maintien. Le prochain match de championnat, c’est Lille, un adversaire direct pour le maintien. Ca va être un match très important, à domicile, la victoire sera impérative. Mais comme l’an passé, c’est très serré. Il y a un groupe en tête quasiment intouchable puis le reste du tableau se tient en 3-4 points. Chaque match a une importance capitale, quelque soit l’adversaire.
Tu mentionnes la saison passée et le fait que c’était un championnat très serré. En tant qu’ancienne Albigeoise, comment tu as vécu ce dénouement difficile ?
Je me souviens parfaitement de la dernière journée. J’étais chez moi, je suivais les matchs sur les réseaux sociaux. Je voyais qu’Albi perdait à Montpellier et je voyais que tous les autres résultats étaient contre Albi. Même si je n’étais plus au club, ça fait mal. Ça fait mal de voir que son club de cœur, celui dans lequel tu as été pendant 10 ans, de voir que la D1 se termine là, à la dernière journée alors qu’elles n’ont pas été relégable de la saison, c’est difficile. Même ici, à Dijon, beaucoup de personnes pensaient dès le début de la saison qu’Albi descendrait. Je ne comprenais pas pourquoi les gens pouvaient penser ça, Albi n’était même pas relégable. Ça touche vraiment, même si ce n’est que du foot, ça touche.
Pour en revenir au DFCO, on peut voir que vous avez beaucoup changé de système cette saison avec une défense à 3, le 4-3-3, dernièrement avec un milieu en losange ? Est-ce que c’est difficile de s’adapter à ces différents systèmes et lequel te convient le mieux ?
C’est compliqué de tout le temps changer de système, il faut du temps pour s’adapter et on n’est pas forcément totalement préparé quand on démarre le match même si on le travaille. C’est différent de le travailler à l’entraînement ou en match. Ce n’est pas le système qui détermine notre façon de jouer, au final, malgré le système, on garde nos principes qu’on soit à 3 derrières, en losange au milieu ou sans milieu côté. Pour moi, comme pour beaucoup de filles dans l’équipe, le système qu’on préfère, c’est le 4-4-2. Je trouve que c’est là qu’on est les meilleures, qu’on arrive le mieux à jouer, on a beaucoup d’automatismes dans ce système et c’est là où je me sens le plus à l’aise. Je me sens plus à l’aise en 4-4-2 que dans tous les autres systèmes.
A titre personnel, tu enchaînes les matchs sur le côté droit de la défense dijonnaise, tu es plutôt satisfaite de tes récentes performances ?
Je sais que je pourrai faire beaucoup mieux. J’essaie de faire de mon mieux à chaque match mais comme pour un club, il y a des saisons plus compliquées que d’autres, et je suis actuellement, dans une saison moins bonne. Je garde confiance en moi-même si c’est compliqué. J’ai envie de faire encore plus et de retrouver mon meilleur niveau.

Aujourd’hui, tu évolues avec des internationales reconnues et qui ont une grande expérience du haut niveau comme Dali ou Bussaglia, est-ce que ça a modifié ta perception ou ton fonctionnement au quotidien et est-ce comment tu as réussi à t’adapter à ce changement de dimension ?
Ça ne change rien à ma façon d’être mais c’est vraiment plaisant de jouer avec des filles de cette qualité, ce sont des internationales. Elles ont une qualité sportive et humaine, en ayant connu la Coupe du Monde ou les JO que nous, on n’a pas connu mais ça reste des humaines même si elles nous apportent beaucoup. Pour beaucoup de gens ce sont des stars mais elles restent simple avec nous, elles nous prennent pas de haut donc c’est génial.
Tu as connu différentes situations personnelles en alliant vie sportive et études sur Albi, jusqu’à même réaliser des trajets Toulouse-Albi pour suivre tes cours à la fac et le foot à Albi. Aujourd’hui, tu peux te consacrer à 100% au foot, quelles sont les conséquences de ces différents rythmes de vie sur tes performances ?
Ca change la vie de ne plus avoir à faire ces trajets. Je me souviens, on partait de 18 heures de Toulouse, on revenait c’était 22 heures 30, on n’avait pas de temps pour nous. Aujourd’hui, à Dijon, j’ai beaucoup plus de temps pour moi. L’année passée, j’allais tous les jours à la fac, cette année c’est moins soutenu puis j’ai comme projet de passer un concours pour devenir pompier professionnel donc c’est plus agréable comme rythme de vie. Je ne regrette pas d’avoir fait ses sacrifices, le foot, c’est ma passion donc j’étais prête à tout même faire deux heures de route pour faire une heure et demie d’entraînement à Albi. J’ai beaucoup plus de temps pour moi et c’est plaisant, juste se poser et pouvoir regarder un programme à la télé, aller au cinéma, passer du temps avec d’autres personnes que les filles du foot, c’était impossible avec ces trajets. Après, je ne pense pas que ça ait un impact direct sur les performances sportives. Quand j’étais en cours, je me levais tôt le matin, je travaillais toute la journée et le soir je devais aller au foot. Aujourd’hui, c’est moins soutenu mais je ne vois pas de différence sur mon état de fatigue.
Tu as été appelé en Equipe de France U19 et U20, aujourd’hui vous avez la chance d’avoir plusieurs opportunités avec l’Equipe de France A, l’EDF B ou l’Equipe de France militaire ou universitaire, quels sont tes objectifs personnels ?
L’Equipe de France A, clairement, je n’ai pas le niveau. L’EDF B, c’est compliqué également. C’est sûr que ce serait gratifiant, je pense que toutes les joueuses rêvent de jouer pour leur équipe nationale mais il faut être réaliste, avec les performances que je réalise cette saison, je n’ai pas ma place dans l’une de ces deux équipes. Peut-être que l’an prochain, je ferai une meilleure saison et je mériterai peut-être une place en Equipe de France B parce qu’en « A », c’est plus compliqué. Après ce n’est pas un objectif prégnant, que ce soit l’EDF A ou B puis l’Equipe de France militaire, j’en parle même pas. Pour moi, il n’y a qu’une seule Equipe de France, c’est l’Equipe de France A. Je ne comprends pas l’intérêt de l’Equipe de France B et encore moins de la militaire.
On sait que pour le moment, les clubs de football féminin ne font pas de contrat à long terme aux joueuses comme pour les garçons avec des contrats sur 4 ou 5 ans. Qu’as-tu envie de faire la saison prochaine ?
J’ai 22 ans donc je veux continuer le foot, en D1 si possible, je m’en donnerai les moyens. Les contrats à long terme mise à part Lyon, Montpellier ou le PSG, ça ne se fait pas. L’an prochain, si Dijon reste en D1, je n’ai aucun intérêt de partir sauf si c’est pour ma vie professionnelle.

Justement, tu en es où au niveau de ta vie professionnelle ?
J’ai comme objectif de passer mon concours pour être pompier professionnel et, pourquoi pas, partir aux Marins-Pompiers de Marseille. Je connais l’univers puisque mon père et mon frère sont dedans. C’est vraiment le métier qui me plairait, que j’ai envie de faire. Il y a, à la fois, la partie sportive puis rien n’est planifié, c’est ce que j’aime aussi dans ce métier. Le foot n’est qu’éphémère, je suis une femme et j’ai envie d’avoir ma vie de femme.
Tu évolues au plus haut niveau national depuis plus de 4 ans, qu’est ce qui t’a marqué dans l’évolution de la D1 et du football féminin français ?
Ayant connu la D1 avec Albi, il y a 5 ans, le niveau a clairement augmenté. Il est en train de se professionnaliser avec l’arrivée d’équipes issues de club professionnel. Quand j’étais à Albi, je jouais contre Arras, Saint-Maur, Issy. A l’époque, il y avait plus de clubs amateurs que de clubs professionnels et aujourd’hui c’est clairement le contraire. Il ne reste plus que Soyaux et Rodez. Au niveau de la rémunération des filles, ça évolue aussi. La D1 monte avec une équipe comme Lyon qui est la meilleure équipe d’Europe voir du Monde, ça attire également du public.
Dans quelques mois, la France accueille la CDM, pour toi, l’EDF a de réelles chance d’être championne du Monde ?
Très sincèrement, oui, je pense qu’elles ont des chances d’être championnes du monde. On l’a vu lors de dernier match contre les Etats-Unis, si elles arrivent à garder le même niveau de jeu, elles sont clairement prétendantes au titre. J’espère qu’elles gagneront la Coupe du Monde puis si on parvenait à faire le doubler avec les garçons, ce serait génial.
Crédit Photo : Gettyimages – Nicolas Goisque/Dijon Sport-news – DFCO
R.B.